Violences policières au centre de rétention de Toulouse


Témoignage d’une personne enfermée au CRA de Toulouse :

« Je suis arrivé au centre, à la fouille, ils ont commencé à jeter mes habits, je leur ai dit « tranquille pourquoi vous jeter mes affaires comme ça ? »

« Le chef est venu vers moi il m’a étranglé, il m’a dit « tu parles pas comme ça avec nous. »

“Je leur ai dit « mais j’ai rien dit de mal ». Et là, ils ont commencé à me frapper, des coups de coude. J’ai des bleus de partout. »

« Ils m’ont plié, ils m’ont scotché tout le corps, ils m’ont mis le casque sur la tête et ils m’ont mis au mitard.”

“Quand ils étaient sur moi en train de me scotcher le flic a dit « crie que tu es une merde »

« J’ai crié haut et fort deux fois « je suis une merde » pour qu’il me laisse, parce que je savais que j’allais porter plainte. Je m’en fous qu’ils me ramènent au bled. “

“Je veux les faire chier, je vais pas me laisser faire, je vais appeler les journalistes ils vont se calmer. »

« J’ai fait le centre dix fois depuis 2022. Deux fois ici à Toulouse, c’est pire qu’avant »

Tentative de suicide, grève de la faim de prisonniers et première application de la loi prolongeant la durée de rétention à 7 mois.

Depuis la promulgation de la loi portant la durée d’enfermement à 7 mois – pour les personnes condamnées à une peine passible de 5 ans de prison – la première application de cette loi a eu lieu jeudi 27 août au CRA de Toulouse.

Elle concerne une personne condamnée à 18 mois de prison, qui, à sa sortie, a été enfermée au CRA pour effectuer la double peine.

Elle avait déjà passé 90 jours en rétention, durée maximale pour tous les étranger·es ayant une mesure d’expulsion.

Pendant ces 90 jours, la préfecture n’a pas obtenu de laissez-passer du pays d’origine de la personne, pour pouvoir la déporter. La personne n’est donc pas expulsable.

Malgré ça, la préfecture décide d’appliquer la nouvelle loi et demande le prolongement de son enfermement.

Comme pour les 90 jours, tous les 30 jours, et ce, jusqu’à 7 mois, les personnes comparaitront devant le juge des libertés et de la détention (JLD), qui décidera de leur prolongation ou de leur libération.

Pour toute prolongation au-delà de 90 jours, les préfectures de province doivent, bizarrement et on ne sait pourquoi, saisir le JLD de Paris, et non celui de Toulouse.

Ainsi, ces audiences se tiennent en visioconférence, entre le CRA de Toulouse et le tribunal judiciaire de Paris avec toute la violence que représente une audience dans ces conditions dégradées.

A présent, en plus des violences habituelles, les prisonniers ayant eu une condamnation pénale ne savent pas si elles seront enfermées 7 mois, même si elles ne sont pas expulsables.

Comme toujours, l’État se sert de la rétention administrative comme d’un moyen de surveillance et de torture et les jugent suivent.

Les personnes du secteur D en grève de la faim ont témoigné :

« Un collègue a trouvé quelqu’un qui s’est pendu avec la couverture dans sa cellule.
Il était encore accroché, c’est le collègue qui l’a levé et posé par terre. Ils l’ont emmené à l’hôpital, il n’est pas revenu. Il avait déjà un dossier psychiatrique et ils l’ont laissé ici. »

“On a vu la Cimade, tout le secteur, on a fait une lettre pour la directrice du centre sur la nourriture et les conditions. Les chiens vivent mieux que nous ici. Et aussi contre la loi des 7 mois, on manifeste, on fait la grève depuis 4 jours. On a tous signé la lettre. “

“La police nous a dit « si vous mangez pas, vous prenez pas les bouteilles d’eau, vous buvez pas et vous prenez pas les médicaments ». Les policiers nous ont dit, « la loi des 7 mois c’est pour tout le monde. »

Entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’Etat français dans les 27 CRA du territoire, en vue d’une expulsion. Ces prisons servent à mater et punir autant qu’à déporter.