Weekend anticolonial en hommage aux martyrs Algériens du 17 octobre 1961

Dimanche 18 octobre 2026 : tables rondes, repas, concerts à la Chapelle
Samedi 17 octobre 2026 : appel à rejoindre les mobilisations, cortège anti-impérialiste, antiraciste, contre les violences policières, à la mémoire des martyrs du 17 oct 1961

programme weekend anticolonial 18 octobre 2026

PROGRAMME DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026

13h : ouverture des portes
13h30 :
– Le 17 octobre 1961 et le continuum raciste – Sud Education 31-65-82
– Lutte pour la libération du Sahara occidental – Association de solidarité sahraouie Tarn-et-Garonne

15h-16h30
– Présentation de : « J’ai trouvé mes réponses, mémoire d’un intellectuel combattant Palestinien » par l’équipe éditoriale du livre – participation de TSEDEK et du CSP31

17h-18h30
– Luttes anti-impérialistes dans les dernières colonies françaises – Brenda Wanabo-Ipeze (FLNKS – sous réserve), Survie et Révolution Permanente

19h30 – Repas
20h30 – Soirée festive

SAMEDI 17 OCTOBRE 2026 : APPEL A REJOINDRE LES MOBILISATIONS
Au sein d’un cortège anticolonialiste, anti-impérialiste et antiraciste, contre les violences policières, et à la mémoire des martyrs du 17 octobre 1961.

Hier comme aujourd’hui : à bas le colonialisme et le racisme d’État !

Honorons la mémoire des martyrs du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961, à l’appel de la Fédération de France du FLN, des dizaines de milliers d’Algérien·nes entreprennent une marche pacifique dans Paris. L’objectif est de boycotter le couvre-feu illégal et raciste imposé aux seul·es « français·es musulman·es d’Algérie » et de sensibiliser l’opinion publique française à l’indépendance de l’Algérie. Cette manifestation, sauvagement réprimée par la police du sinistre préfet de Paris, Maurice Papon, sous les ordres du gouvernement de Michel Debré, se termine dans le sang. Les victimes se comptent par centaines, disparues ou noyées dans la Seine. Les jours qui suivent, plus de 10 000 Algérien·nes sont raflé·es, interné·es et matraqué·es, s’en suivant tortures et exécutions.

À bas le racisme d’État !

Ce massacre d’État a été occulté et n’a jamais été officiellement reconnu par l’État français, comme tous les crimes coloniaux perpétrés durant 132 ans en Algérie. Plus largement, l’absence de condamnation claire et officielle est le reflet des politiques actuelles dans les territoires d’outre-mer et de la politique impérialiste de la France, mais aussi de son racisme d’État.

Depuis de nombreuses années, celui-ci se déploie avec une grande brutalité à travers des dispositifs et des lois racistes, en particulier islamophobes. De la loi de 2004 sur l’interdiction du port du voile à l’école à celle dite sur « le séparatisme » en 2021, ou encore les récentes lois sécuritaires et anti-immigré·es, les attaques se multiplient contre les personnes non-blanches, en particulier noires et arabes, et contre les organisations musulmanes.

À bas le colonialisme et l’impérialisme français !

L’État français maintient sa présence néocoloniale, notamment militaire, soutient des régimes corrompus partout où ses intérêts économiques et stratégiques sont en jeu, et continue de piller des ressources comme dans de nombreux pays africains.

L’État réaffirme sans cesse sa domination coloniale aux Antilles, à la Réunion ou encore à Mayotte où la répression est permanente. Cette politique à Mayotte s’illustre par les récentes déclarations gouvernementales appelant à une plus grande militarisation contre l’immigration et au déploiement de dispositifs de pressions économiques contre les Comores.

De la même manière, le peuple Kanak continue de lutter contre plus de 170 ans de colonisation de peuplement, alors même que l’accord de Bougival renforçant cette situation est largement dénoncé, en particulier par le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS). Face à cette mobilisation légitime, l’État a emprisonné et déporté des dizaines de Kanak en métropole. Alors que plusieurs dirigeant·es de la CCAT ont été relaxé·es, d’autres continuent d’être détenus en France dans des conditions particulièrement inhumaines.

La France, complice du génocide en Palestine

Depuis trois ans, Israël poursuit un génocide dans la bande de Gaza qui a déjà fait des centaines de milliers de victimes palestiniennes, des millions de déplacé·es et détruit la quasi-totalité des infrastructures de l’enclave. Parallèlement, la colonisation et le nettoyage ethnique s’intensifient dans toute la Palestine, en particulier en Cisjordanie et à Jérusalem. De la même manière, l’impérialisme états-unien et Israël poursuivent leurs agressions dans toute l’Asie occidentale, du Liban à l’Iran en passant par le Yémen. En continuant son soutien politique, économique et militaire à Israël, la France participe pleinement à cette situation.

Rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961, c’est honorer le peuple algérien et soutenir toutes celles et ceux qui luttent encore contre les États coloniaux, racistes et impérialistes ici comme ailleurs.

L’Algérie a vaincu, la Palestine, la Kanaky, le Sahara Occidental et tous les peuples en résistance vaincront!

La triple peine : prison, CRA puis assignation à résidence.

Témoignage d’un prisionnier du CRA de Toulouse placé en assignation à résidence à sa sortie du CRA – Juillet 2026

« J’ai passé deux périodes au CRA, en 2023 et en 2025. La première fois, c’était au CRA de Perpignan. Je suis resté trois mois là-bas. Trois mois de galère. Ils viennent, ils te rajoutent un mois après un mois, après 15 jours, après 15 jours, et voilà.

C’était pareil à Perpignan mais le CRA de Toulouse, il est un peu plus dur. Le CRA de Perpignan, il y a une promenade collective et tout, tu peux faire des activités et tout à Toulouse, tu peux rien faire. À Toulouse, c’est l’enfer, c’est pire que la prison. L’autre tu peux regarder le ciel. Moi je pense que le CRA de Toulouse franchement c’est quelque chose. Et pour que tu passes trois mois là-bas, il faut que tu sois fort mentalement. 

Le CRA, il est sale. Même tu nettoies, c’est toujours sale. La nourriture, laisse tomber. Franchement, je suis désolé, même si tu ramènes un chien, il ne peut pas manger ça. Il y a des jours, ça m’est arrivé là-bas, j’ai mangé que le pain, de toute la journée. Après, à certains moments ils bloquent les visites, tu peux pas rentrer à manger. Même si tu rentres à manger, tu manges que des trucs sucrés, tu rentres pas ce que tu veux.

Ils changent les règles comme ils veulent. Il n’y a pas un règlement qui vient par exemple de la ministère ou quelque chose comme ça. C’est eux qui font le règlement là-bas. Des fois, quand il y a trop de gens, ils bloquent les visites et tout, il y a des gens qui fument et des fois, ça pète entre eux, il y a des embrouilles à cause de cigarettes. 

Tu demandes de voir le médecin, tu le vois une fois par semaine, des fois, il est pas là, t’es mal et tout. Tu galères pendant une semaine ou pendant trois jours. La dernière fois quand j’étais au CRA, moi, j’avais mal aux dents. Ah franchement, pour me faire sortir et voir le dentiste, c’est une galère. J’ai attendu 20 jours. Des fois, ils te donnent des cachets. Des fois, la dent elle est infectée ou il y a une carrie, tu prends des médicaments, ça sert à rien. Du Doliprane, ça sert à rien. Tu galères.

Là-bas, t’es pas en sécurité. Des fois, il y a des flics, ils te provoquent. Ils vont jusqu’au bout avec toi, jusqu’à ce que toi, tu pètes les plombs. Après, ils te ramènent en prison. Parce que toi, t’es provoqué au max. Ils te touchent, ils te provoquent, ils te font des trucs, ils te manquent de respect et ils te rabaissent, ils te disent des trucs racistes. Ils disent des choses méchantes. C’est pas tous, mais la plupart. Des fois, tu demandes la moindre chose, par exemple d’accéder à ton bagage ou pour avoir le médecin ou l’infirmerie, et ils commencent à se foutre de ta gueule, “j’ai un travail”. Mais c’est quoi ton travail ? C’est avec nous, c’est ton travail, de faire ça. Ils te disent “attends, attends, attends, attends”, le temps qu’on attend… Et des fois, ils te calculent pas, et des fois, tu pètes les plombs, et tu dis n’importe quoi, et lui, il va te dire des trucs racistes. Des fois, tu lui plait pas, ils te regardent : « Toi, t’auras pas de visite, tu vas pas aux bagages, ni rien du tout. » Toi, au bout d’un moment, tu vas péter  les plombs. Quand tu pètes les plombs. Quand tu t’énerves, tu dis n’importe quoi. Lui, il attend ça. Soit, il va t’insulter avec des trucs racistes, il te manque de respect, il te rabaisse devant les gens, devant ses collègues. Sinon, si tu réagis, ils vont venir à 10, ils te prennent, ils te ramènent à l’isolement, ils vont te frapper carrément. Dès qu’ils voient qu’il t’a trop frappé, ils voient qu’ils risquent des choses, ils te rajoutent la deuxième affaire. Tu te trouves dans une autre galère, en prison.

La bagagerie du CRA de Toulouse, où sont confisquées les affaires personnelles des prisonniers.

Au CRA de Toulouse, je suis resté aussi 3 mois, le maximum. Ils savaient bien. Quand tu passes devant le juge, ils savaient bien que entre l’Algérie et la France, c’était bloqué. C’était vraiment bloqué. Il y avait un problème diplomatique.

Après les trois mois, ils m’ont mis assignation à résidence. Je suis resté un an et demi à pointer deux fois par semaine. Un an et demi. La dernière fois, ils m’ont sorti quoi ? “Il faut que tu vois le consul au CRA”. Il faut que, moi, j’aille là-bas avec mes propres pieds pour voir le consul, et peut-être que je me trouve enfermé là-bas ?!? Je rentre là-bas, peut-être qu’il me dit : « Vas-y, toi, tu vas rester là. »

Je me suis retrouvé en prison parce que je suis en interdiction. En prison, je me suis retrouvé au CRA. En gros, je suis resté six mois enfermé. Pourquoi ? Pour rien. Je me suis fait frapper par la police, avant que je rentre en prison. Parce que j’ai couru, parce que c’est normal. Ils m’ont vraiment frappé, ils ont sorti des matraques et tout. J’ai vomi et tout. J’ai pas réagi, j’ai pas dit non, j’ai pas insulté, j’ai rien dit. Vraiment, j’ai rien dit. Juste je suis parti en courant. J’ai couru. Eux, ils étaient derrière moi, ils m’ont rattrapé, ils m’ont frappé. Après, ils ont fait quoi ? Ils ont dit que moi je les ai frappés. Ils avaient pas ni certificat, ils avaient pas ni blessure, ni rien du tout. Moi, j’étais blessé, tout le corps, sur la tête. Ils m’ont mis un coup sur la tête, et j’ai même la cicatrice. Donc je suis passé devant le juge et tout. Et quand je voulais lui expliquer, qu’ils m’ont frappé et tout, la juge, elle m’a dit comme ça. « Ouais, on le sait. Toi, t’as frappé personne, mais par contre, t’as pas respecté l’interdiction ».

Eux, ils m’ont frappé, ils m’ont rattrapé, ils m’ont mis en garde à vue. Le médecin en garde à vue, quand il est venu me voir, les policiers lui ont parlé. Je lui ait dit « j’ai mal à la tête, je veux un Doliprane et tout”. Il m’a dit “Ouais ouais, d’accord”. J’ai fait 48 heures de garde à vue. C’est inimaginable. J’ai dit “ils m’ont coupé là, j’ai une coupure là, sur la tête, est-ce que tu peux les désinfecter ou point suture, quelque chose ?”. Il m’a dit “non non, t’inquiètes, t’es bien, t’es bien”. Je voulais lui montrer les blessures et tout il m’a dit “non, non, t’es bien”. Ils m’ont rien ramené pendant 48 heures de garde à vue, et le médecin, je l’ai vu le lendemain. Tu t’imagines ? Ils m’ont rattrapé, c’était à 19h30. J’arrivais en garde à vue, c’était 20h30. Depuis 20h30, j’ai demandé au médecin et je l’ai vu le lendemain.

Après, quand ils m’ont ramené en prison, là, ils m’ont mis des points suture. Les infirmiers, ils m’ont mis des points suture, ils m’ont mis un certificat, comme quoi j’arrivais en prison, et j’étais comme ça. Je me suis trouvé en prison à cause de ça. Juste un contrôle. Quand ils font leur travail administratif, pendant que t’es en prison, ils font quoi ? Tu finis ta peine en prison, et ensuite on te ramènes au CRA.

Quand j’étais en AAR, moi, le truc qui m’a choqué, j’ai fait une opération il n’y a pas longtemps, c’était en novembre dernier. J’ai appelé la gendarmerie, j’ai dit, je suis immobilisé, je n’arrive pas à bouger, j’ai fait une opération, je vous envoie tout, les papiers, les certificats et tout. Je peux pas bouger pendant un mois, un mois et demi. Franchement, ils étaient pas d’accord. Je peux pas, je suis en béquille. La majorité du temps,  je dors pas à cause des douleurs. J’ai pas de papiers, je galère. J’avais pas ni aide médicale, ni rien du tout, j’ai galéré pour avoir les médicaments, j’ai galéré pour avoir mes rendez-vous, j’ai galéré par rapport à tout. Comment je viens ? Des fois, pour un rendez-vous, j’appelle mes collègues pour qu’ils me ramènent, des fois j’appelle Uber, il faut que je le paie, je le paie comment ? Je ne vais pas venir deux fois par semaine pour juste signer parce que soi-disant, je n’ai pas de papiers. Et moi, je suis immobilisé et je paie. Déjà, je galère pour mes rendez-vous médicaux. Et même, j’ai raté le kiné deux fois à cause d’eux. De 14h à 16h, il faut que tu pointes. Je suis arrivé là-bas à 14h30. Pour pointer, tu ramènes juste un papier, tu mets ton nom, ton prénom, et tu pointes. Il me dit « non, on a du travail, reste, attends. » J’attends une demi-heure ou 45 minutes. J’avais un rendez-vous à 15h. Donc j’ai raté le rendez-vous à cause d’eux. Deux fois. Là, à cause d’eux, je vais changer de kiné, je ne sais pas comment je vais faire.

Ils m’ont fait rester trois mois au CRA pour rien. Après, il vient, il te dit « Ouais, il faut que tu pointes pour rien”. Et là, quand tu pointes, tu respectes tout, on te sors un truc pour que tu sois dans le stress. Ils te mettent dans le stress. Ils m’ont dit « Ouais, tu viens au consul”. Je suis dans le stress maintenant. Ça fait deux ans. Dès que je suis contrôlé, je suis dans la merde. Même quand tu fais rien, et que tu respectes tout.

L’immigration ça peut pas s’arrêter, tu vas en Amérique, en Nouvelle Zélande, partout, c’est comme ça, on est tous des étrangers. On est tous des immigrés. Des arrière-grands-parents, n’importe qui va voir ses arrière-grands-parents ils ont migré. C’est comme ça, il y a les guerres qui poussent l’immigration, il y a plein de choses, il y a le commerce. Tu peux pas arrêter l’immigration. Ils savent bien qu’ils peuvent pas. Ils savent bien. Je comprends pas« .

Tentatives de suicide, violences policières, refus de soin et résistances au CRA de Toulouse

Témoignage d’un prisionnier au CRA de Toulouse Cornebarrieu – septembre 2026

« Je vous appelle parce que je vais me couper les veines et tout le corps, pas pour aller à l’hôpital, pour crever. J’en ai marre, j’en peux plus, les policiers m’ont provoqué de tous les côtés. Je vais leur montrer qu’est-ce que ça fait la provocation. Ma famille est venue me voir, ils ont fait 45 mn de voiture, ils ont dit « il n’est pas là ». Ma famille est devant le portail et les policiers se moquent de moi quand je leur demande pourquoi je ne peux pas avoir la visite. Ils me donnent pas mon traitement que le psychiatre m’a donné en prison, j’ai besoin de ce calmant. Je leur dis, je suis suicidaire et ils me donnent  pas mon traitement, ça veut dire quoi ils veulent que je meurs ? J’ai fait la grève de la faim. J’ai fait un malaise au bout de 7 jours. Quand je me suis réveillé, j’étais par terre au mitard.  Ils m’ont jeté et ils m’ont laissé. Je leur ai dit « pourquoi je suis par terre? » ils m’ont dit « tu as fait un malaise ». Ils ne m’ont pas emmené à l’infirmerie rien. Ils nous traitent comme des chiens. Ils ont niqué ma vie. J’ai un fils ici. C’est des vrais bâtards, ils me laissent pas voir ma famille. Je vais quitter ce pays de merde. »

« Là, on a fait des cordes pour quatre personnes pour nous suicider. Ils sont venus, ils ont tapé tout le monde avec la matraque, avec tout. Ils ont pris les cordes et tout, ils sont sortis avec. Mais on va le refaire. Ce soir, je vais le refaire, moi. Je suis pas le seul. Parce qu’on en a marre, j’en peux plus, je peux plus rester ici, même pas une minute.  

Je suis malade, je suis pas bien dans ma tête.

Je leur demande mon traitement. Quand j’étais en prison, tous les jours, ils me donnent mon traitement. Quand je suis pas bien, je deviens quelqu’un de pas normal. Je leur ai dit « Donne-moi mon calmant, donne-moi mon traitement. » Il me dit quoi ? “va te faire enc****. » Ça, c’est sa réponse, t’es qui, toi, tu me dis ça ? Ils nous provoquent, ils nous provoquent jour et soir, midi, matin, tous les jours. On est dans la saleté, on est dans la merde. Il n’y a même pas d’hygiène, il n’y a même pas de couverture. Il n’y a rien. 

La famille vient ici à 16h, ils disent qu’il n’y a plus de parloirs. Mais pourquoi ? Jusqu’à 18h, il reste encore deux heures. A chaque personne, ils lui parlent mal pour qu’il ne revienne plus. Ils menacent les gens dehors devant le portail pour que les gens ne reviennent plus nous voir. 

J’ai envie de mourir. Je ne peux plus rester ici, je n’arrive plus, ni moi, ni les autres.

Si j’avais une caméra, moi, je vous montre comment on est assis, comment on vit, vous allez péter un plomb, vous allez venir me sortir direct. 

C’est une dinguerie. Ils veulent nous tuer en fait, ils veulent nous tuer. Quand tu parles de suicide, ils te provoquent. “Si tu es un homme, fais-le », ils te disent. Ça veut dire quoi ? Même le fatigué qui ne pense pas le faire, tu lui réponds comme ça, il va le faire. Ils veulent qu’on meure tous. 

Ils nous laissent trois mois ici, on l’a accepté, on est resté. Là, ils nous mettent 7 mois, 7 mois ici, 7 mois ça veut dire tous les jours comme un chien. Tous les jours pire qu’un chien. Mon chien il vit beaucoup mieux que moi, je respecte les animaux, eux ils respectent pas l’humain, ils sont inhumains. 

La France c’est le pays des droits… j’ai plein de droits moi ici dans ce centre de merde ?! Si j’avais la caméra, je vous montre les visages, les gens, comment ils font, toute la merde, les colères, ils ont leurs enfants en France, ils ont leur famille, ils ont tout en France. Tu veux pas de moi dans ton pays ? Je vais le quitter ! Laisse-moi sortir et je vais quitter. Pourquoi tu me retiens ici ? Pourquoi ? Pourquoi faire ? Pourquoi ? Pour me torturer? 

On est tous prêts à tout. S’il vous plaît, parlez de nous. Je rêve d’aller en prison. Parce que la prison, elle est moins pire. Au moins là-bas, les surveillants, ils ne viennent pas t’insulter ta mère, ils ne viennent pas te claquer la porte de ton visage, ils ne te tapent pas avec la matraque. Moi, j’ai envie de me suicider. Tu viens, tu me tapes, tu me casses la gueule avec la matraque. Parce que c’est comme ça, la loi ? C’est pas comme ça, je connais très bien la loi. Je sais très bien que j’ai des obligations et j’ai des droits. Pourquoi moi, j’ai des obligations et je récupère pas mes droits ? Pourquoi? 

Ça va péter en fait. Et ça va être dur, ça va être plus fort, tous les jours. Je vais finir ma vie. J’en peux plus, je veux plus vivre. Je suis un suicidaire, j’ai un procédé suicidaire, j’ai mon traitement, moi je suis quelqu’un d’anormal, pas normal dans ma tête. Si je m’énerve, je deviens quelqu’un d’anormal. C’est pas moi-même qui est en train de faire les choses. C’est quelqu’un d’autre qui est en train de parler dans ma tête, qui me dit « fais ça, fais ça, fais ça ». Ici, ils ont coupé le vrai traitement, ils nous donnent Doliprane, Doliprane, Doliprane. C’est depuis le premier jour, depuis la première minute. Tout est hors la loi ici, tout est hors la loi. Je connais très bien la loi et les règles. Tout est hors la loi ici. Il n’y a que des dingueries. 

Distribution de médicaments à la cantine, par le médecin du CRA de Toulouse (les prisionniers témoignent qu’il s’agit invariablement et uniquement de Doliprane, quelque soit le problème).

On connaît, on a été dans d’autres CRA, mais c’est pas la même chose à Toulouse. Ici, ils sont en train de nous torturer.  Ça fait 12 ans que je suis en France, 12 ans que je suis en règle, je travaille, je paie les impôts… c’est tout la première fois je tombe, je rentre en prison 4 mois et maintenant ils me ramènent ici, ils ont niqué ma vie. 

Quand quelqu’un rajoute un mois, tu as le droit de faire l’appel. Tu vas à la CIMADE, tu fais l’appel. Y’a pas d’appel, tu retournes vers la CIMADE, tu lui demandes « Monsieur, j’ai fait l’appel, ils m’ont pas appelé ». »Ah c’est bon c’est trop tard, on a oublié d’ouvrir la boîte mail, on a oublié de faire ça, on a je sais pas quoi…. ». Y’a personne qui bouge pour nous. Quelqu’un a fait une demande d’asile, ils ont déchiré ses papiers, et ils lui ont dit que lui il l’a déchiré. Ils nous bloquent. Du début jusqu’à la fin. 

Même nos familles, ils viennent dehors nous rendre visite, ils les insultent, ils les provoquent. Ils te laissent une heure, deux heures, t’attendent avant le portail, il n’y a même pas un espace pour attendre, dans le plein soleil, et après ils te disent quoi ? Ils te disent “Si tu reviens ici, on va te mettre avec lui dedans”. Mais de quel droit tu lui dis ça ? De quel droit tu menaces les gens? 

Mais non, non, on va pas accepter. On va pas accepter. On va accepter la première, la deuxième, mais non, ça va péter un jour. Ils veulent me transférer, je suis content, ils veulent me dégager en prison, je suis content. Au moins, je reste pas ici, à la morgue. Ici, on est à la morgue. J’en peux plus, j’arrive même plus à vous parler. 

On est malades, il y a pas de médicaments, il y a rien. Ils nous mettent la clim fort. Quand il fait chaud, il y a pas de clim, là il fait froid, ils nous mettent la clim fort. Exprès pour qu’on soit tous malades. On va péter, tous. Parlez de ça, parlez de ça. »

Violences policières au centre de rétention de Toulouse

Témoignage d’une personne enfermée au CRA de Toulouse :

« Je suis arrivé au centre, à la fouille, ils ont commencé à jeter mes habits, je leur ai dit « tranquille pourquoi vous jeter mes affaires comme ça ? »

« Le chef est venu vers moi il m’a étranglé, il m’a dit « tu parles pas comme ça avec nous. »

“Je leur ai dit « mais j’ai rien dit de mal ». Et là, ils ont commencé à me frapper, des coups de coude. J’ai des bleus de partout. »

« Ils m’ont plié, ils m’ont scotché tout le corps, ils m’ont mis le casque sur la tête et ils m’ont mis au mitard.”

mitard du CRA de Toulouse – photo CGLPL

“Quand ils étaient sur moi en train de me scotcher le flic a dit « crie que tu es une merde »

« J’ai crié haut et fort deux fois « je suis une merde » pour qu’il me laisse, parce que je savais que j’allais porter plainte. Je m’en fous qu’ils me ramènent au bled. “

“Je veux les faire chier, je vais pas me laisser faire, je vais appeler les journalistes ils vont se calmer. »

« J’ai fait le centre dix fois depuis 2022. Deux fois ici à Toulouse, c’est pire qu’avant »

Violences policières au centre de rétention de Toulouse

Nous publions les témoignages de plusieurs personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mars et avril 2026.

Les CRA hiérarchisent les corps et les matent. Les violences évoluent vers toujours plus de répression et de torture. Elles visent à punir celles et ceux considéré.es comme expulsable afin de les inciter à quitter le territoire par leurs propres moyens. 

Depuis un mois, dans le CRA de Toulouse, ce sont des prestataires privés qui se chargent de l'accueil des visiteurs – comprendre la fouille. 

Il s'agit de la société Weesure qui a pour ligne directrice "la sécurité première des libertés". Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est sans doute une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d'être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l'intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.

Cela nous rappelle que la sélection, la hiérarchisation, l'enfermement des étranger.es est à analyser et à comprendre par le prisme du système capitaliste et raciste qui sert à une poignée d'"entrepreneurs". Cet appel à des sociétés privées avait déjà cours au CRA de Vincennes. Ce qui veut dire que les conditions de vie des détenus se restructurent suite à des initiatives locales, pour être généralisées à l'ensemble des CRA quand elles sont jugées efficaces. Surtout quand elles permettent d'isoler et violenter encore un peu plus les personnes étrangères.

Témoignage de H : « Je travaille dans le bâtiment. J’ai eu mon premier vol, les policiers m’ont scotché tout le corps et un casque très serré sur la tête, ça faisait très mal. Ils m’ont emmené comme ça à l’aéroport.

Ils ont garé la voiture à côté de l’avion. Quand on est monté je leur ai dit je pars pas. Les gens m’ont vu, ils ont eu peur, une femme marocaine dans l’avion leur a dit de me laisser.

Le pilote a finalement dit à la police de me descendre de l’avion. Ils m’ont ramené au centre, ils m’ont frappé au ventre, avec un coup de pied et au visage avec le coude. »

Son codétenu :  » ils ont plié H. en quatre, les pieds et les mains comme un animal, il a des blessures au visage. C’est la première fois qu’il refuse le vol. Il est presque à 90 jours, il lui reste 15 jours, il se demande s’il aura un autre vol. L’avocate a dit que le juge est dur, elle n’a pas pu le faire sortir. Ils nous traitent comme des animaux, c’est tous des racistes, les juges, tous. »

Témoignage de B : « J’ai vu quelqu’un ici, ça fait 41 ans qu’il est France et il est enfermé là. Moi je suis partis de Tunisie, j’avais 17 ans avec ma mère et mon petit frère qui avait 9 ans à l’époque.

J’ai mis ma mère dans un container, avec juste un trou pour respirer. Moi j’ai traversé les Balkans, 14 pays à pieds, tout ça pour qu’on t’expulse en 24H – tu te rends compte le truc ?  J’ai rejoins la Suisse depuis la Roumanie sous un camion, 17H attaché dessous.

Je suis pas bien, la prison c’est mieux qu’ici, tu laisses à manger tu le retrouves pas, toutes les portes sont ouvertes, on te pique même les couvertures. J’arrive pas à dormir, je fais des cauchemars, je me réveille en me demandant où je suis, t’entends le moteur des avions tout le temps, ça fait peur, c’est du stress ». 

Témoignage de R est en France depuis l’âge de 4 ans (1992) et ses papiers ne se périment qu’en avril 2026. Il s’est fait arrêter sur un contrôle à Toulon, il a appris qu’il avait une OQTF. Il a dit que dans le CRA ils étaient traités comme des chiens, qu’il y avait beaucoup de propos racistes. Que les flics se méfie de lui « parce que je parle bien français ». « Je leur ai dit vous me respectez, je vous respecte ; vous me respectez pas, je vous respecte pas ».

« Vous l’avez compris j’aime pas beaucoup les flics – ils se croient intouchables ». « Il faut avoir de la patience, on s’ennuie ». « il se passe des choses bizarres ici – par exemple il font le ménage avec l’eau usée, après ça pue ». « Ici y’a zéro droits, rien du tout ».

« On fait tout pour qu’on soit pleins de haines, on devient associables et méfiants ». « C’est comme un cimetière ». Il a dit qu’il refuserait son vol mais le deuxième ce sera pas possible, les flics l’ont prévenu : « si tu fais le malin, on t’attache de la tête aux pieds ». Il veut pas rester en France. S’il sort il s’organise pour aller en Tunisie et vivre tranquille « au bord de la mer, entouré d’animaux ».

Témoignage de S : « Ce qui m’arrive, c’est trop compliqué parce que j’ai fait déjà 2 mois ici. Ils m’ont libéré vendredi dernier. J’ai fait une semaine dehors. Ils m’ont placé sous assignation à résidence. Je signais tous les jours, pendant 45 jours, ce qui est écrit sur le papier. Hier, quand j’ai signé, le policier a dit : « attends, il faut qu’on te ramène en garde à vue ». Après ils m’ont dit que la préfecture avait un vol pour moi le 9 et ils m’ont remis au CRA. Je comprends pas en fait, j’ai déjà fait ma demande d’asile, le premier jour où je suis venu au CRA. Elle a été refusée, on a fait appel, j’attends l’audience mais ils veulent m’expulser avant. 

J’ai personne au Tchad. J’ai perdu mes parents, j’étais petit. Ma mère était Soudanaise, donc ma grand-mère, elle est venue, elle nous a pris du Tchad pour nous ramener au Soudan. On a grandi là-bas. 

Je dois refuser le vol. C’est toujours coute que coute. En plus, la préfecture, ils sont malins, ils m’ont ramené pour que je fasse quatre jours et le quatrième jour, ils vont me mettre un vol. Parce qu’à la base, si tu rentres ici, tu fais cinq jours pour aller te faire juger. Et bien là, ils ont fait en sorte que voilà, je ne vais pas au juge. Et le quatrième jour, c’est le jour où ils vont me ramener direct. 

Pour le vol, au bout de 3 fois, ils vont vous forcer. Sinon c’est la garde à vue et après prison. Il y avait une personne, il s’appelle B.Z, il a refusé trois vols. Par chance, ils l’ont ramené ici. Et le quatrième vol, c’était avant-hier, il est parti et il n’est pas revenu. On ne sait pas ce qui s’est passé en fait. On ne pense pas qu’il a été expulsé par avion. On pense qu’il doit être en garde à vue ou qu’ils l’ont ramené en prison, un truc comme ça. Parce qu’au bout de trois ou quatre fois, tu refuses, ça veut dire que la préfecture, elle va déposer plainte. » 

Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.org/wp-content/uploads/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."

Témoignages de personnes enfermées au CRA de Toulouse et derniers chiffres du ministère de l’intérieur

Comment l’État crée des personnes « sans-papiers » et organise leur enfermement et leur déportation

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention administratif (CRA) de Toulouse Cornebarrieu rencontrées ces derniers temps. Elles rapportent les maltraitances physiques, médicales et psychologiques qu'elles subissent quotidiennement. Cette violence est systémique, volontaire et organisée - on la retrouve dans tous les CRA. Elle constitue la raison d'être de ces centres - outils au cœur de la stratégie répressive déployée par l'État français contre les personnes étrangères.

Le ministère de l’intérieur est fier de transmettre ses derniers chiffres : ceux d’une machine d’État qui transforme des personnes en « sans-papiers », en travailleurs-euses surexploité.es et en prisonnier.es à expulser.

Depuis la circulaire Retailleau de janvier 2025 qui renforce la loi Asile et Immigration de 2024 dite Darmanin, la régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle ». Les effets sont massifs : 

• 42 % de régularisations en moins sur les 9 premiers mois de l'année 2025, par rapport à la même période en 2024

• 54 % de baisse pour les régularisations au titre du travail

• 58 % de baisse pour les régularisation au titre de la vie privée et familiale

L’admission exceptionnelle au séjour (AES) est désormais presque inaccessible : elle est conditionnée à 7 ans de présence, une maîtrise certifiée du français, l’absence de menace à l’ordre public (attribuée arbitrairement par les préfectures) et l’absence d’OQTF préalable.

Même les titulaires d’une carte de séjour de 10 ans peuvent se retrouver sans papiers face à la difficulté du renouvellement. Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit désormais être assorti automatiquement d’une OQTF, valable trois ans depuis la loi de 2024. Ainsi, certaines personnes se retrouvent forcées de rester dans la clandestinité pour éviter le risque de recevoir une OQTF en se rendant à la préfecture.

Témoignage de M. A : M. A est au CRA depuis 55 jours. Il a pris 10 mois de prison pour une ITF (Interdiction de Territoire Français) et à la sortie de prison, il a été emmené au CRA directement.

« Dans le secteur E : il y a 2-3 personnes par chambre, 21 personnes en tout, certains dorment par terre. E est le meilleur secteur, A et B sont les pires. Il y a une 1 playstation mais les flics ont la télécommande. Il y a deux équipes de flics à l’intérieur. Une dont les flics sont ‘humains’, l’autre en roue libre : provoquent les détenus, frappent quand ils demandent du pain, n’allument jamais leurs caméras, peuvent frapper à 5 une personne avec une matraque, envoient tous les jours des gens au mitard, 5 jours minimum – tu restes pendant tout le temps avec les habits que t’as, tu prends pas de douche, il y a un ventilateur qui donne froid.
Ils n’aiment pas quand les détenus parlent français parce qu’ils comprennent tout. Un flic qui comprend l’arabe a traduit à son collègue ce que disait en arabe un détenu qui disait des insultes à cause de la bouffe.
Je fumais une cigarette, le flic m’a dit ‘tu ne fumes pas devant moi’, je répond que j’ai le droit, son collègue vient en sortant son taser. Hier, ils ont coupé l’eau de 20h à 7h du matin. A l’interphone, un gars demandait juste des bouteilles d’eau car il avait soif, les flics l’ont sorti et l’ont poussé au torse en lui disant d’arrêter de les harceler. Dehors, la cour c’est dégueulasse, ils ne font pas le ménage, il y a plein de trucs au sol, et encore, c’est la plus propre des cours des secteurs. 
La bagagerie, c’est quand ils veulent. C’est ouvert que sur les heures de promenade (13h30-14h15). Et des fois ils ouvrent pas en disant : ‘non on est en train de manger’. Et après ils ouvrent à 14h14 en disant : ‘c’est fini, c’est fermé’. Ici ça rigole pas par rapport à la prison. Là-bas tu peux rigoler avec eux. J’ai la haine contre eux à cause d’ici. [A la CIMADE] il y a un monsieur gentil et trois dames pas sympas du tout. Quand j’y vais je n’attend rien d’eux, je demande le nom de l’avocat et c’est tout. Ils sont pas avec nous ».

Témoignage de R.O. : R.O. explique qu’il a été mis au mitard pour des « insultes » – les flics exigeaient des excuses. Il a passé « une nuit de misère dans le froid, sans couverture, sans pantalon », il n’a pas dormi. C’est le docteur qui l’a fait sortir.

« Certains prennent des médicaments pour dormir pour être des légumes et laisser tout passer. J’étais bien en prison, je te mens pas quasiment tout le monde vient de prison, si j’avais su que c’était comme ça je serais resté en prison, mais là on attend que les 3 mois passent. [Les flics], j’ai compris qu’il fallait pas parler avec eux. Y’a un groupe c’est des humains, mais le groupe d’aujourd’hui, non. Il y a de la solidarité, obligé sinon on va crever. Devant le juge, j’avais même pas été calculé, t’as l’impression que personne te calcule, on te dit ‘pourquoi tu veux sortir?’, ‘mais à ton avis !??’. On mange mal, on est maltraité, tu veux du pain en plus il y en a pas, le soir on crève de faim, il y a que des sucreries c’est super cher. J’ai hâte de voir la liberté, ça fait 10 ans que je suis enfermé.
C’est pire que la prison, 6 mois de prison ou 3 mois ici je prend la prison parce que en prison tu fais à manger toi même etc. Yen a un il se plaint, il a mal dans son genou, ils lui donnent pas de médicaments. »

Témoignage de L.R : « Je suis rentré en France à l’âge de 14. Je suis passé par l’ASE, j’ai été arrêté pour conduite sans permis, refus d’optempérer, j’ai eu 18 mois de prison mais j’ai fait 14 mois pour bonne conduite. A la sortie de la prison, ils m’ont ramené ici au centre. Ils viennent de me me prolonger.  J’ai même pas de passeport ici. Ils m’ont mis 5 ans d’ITF (Interdiction de Territoire Français) alors que j’ai pas de passeport pour partir, je comprends rien. »

Témoignage de S.B. : « J’ai bientôt 28 ans, je suis algérien. Je suis depuis un mois et demi au CRA. Je suis depuis 7 ans en France, diplômé, je travaille avec des fiches de paie, pas de black. Je travaillais à Paris. Je suis descendu pour travailler à Toulouse, on m’a contrôlé et j’ai fait une semaine ici puis ils m’ont relâché mais pour me recontrôler une semaine après et me renvoyer ici, et maintenant ça fait un mois et demi que je suis là. Je peux pas manger tout parce que j’ai un dentier, je leur ai dit de me donner surtout du riz ou des pâtes mais ça a rien changé. »

DES PRISONNIERS DU CENTRE DE RÉTENTION DE TOULOUSE EN GRÈVE DE LA FAIM

Les prisonniers du CRA de Toulouse, en grève de la faim, nous ont contacté pour témoigner de leur condition d'enfermement et de leur lutte. La question des repas est récurrente dans tous les CRA, les personnes sont affamées. Cette maltraitance fait partie d'un système de torture avec de nombreuses violences exercées par l’administration et la police aux frontières à l’encontre des personnes étrangères. 

« On est dans le centre de rétention administratif de Toulouse. On fait grève de la faim dans le secteur B et C, pour la liberté et à cause des repas. On mange un repas par jour, on mange un bout de pain et une compote, les plats puent, c’est immangeable. Un humain peut pas manger ça. On a dit aux policiers on mange pas jusqu’à qu’ils trouvent une solution.

On n’a pas de droit, ya pas de loi pour nous. On a besoin de la voix, personne nous entend, personne n’est avec nous. Quand tu parles avec la police, ils disent « si vous mangez pas, mon chien il aime bien ça », ils nous prennent pour des chiens. Ils disent vous pouvez rester 15 jours sans manger, ça changera rien.

Le secteur C refuse les repas aussi, on a vu les flics en train de frapper quelqu’un, ils l’ont emmené au mitard.

On est arrivé à bout, c’est une maltraitance, ils nous travaillent sur la tête, c’est une politique. On arrive pas à manger, à penser bien, on n’a pas de téléphone, ça nous fait sortir de la société. Les policiers ont dit d’aller parler à la Cimade, c’est férié y’a personne et nous on galère ici. J’essaie de contrôler les nerfs, y’a des gens ici qui prennent des trucs, ils sont nerveux. On n’est pas des criminels. On est là pour des problèmes administratifs. 

Moi ça fait 8 ans que je vais à la préfecture pour déposer mon dossier. C’est la France qui nous laisse pas régulariser nos papiers. J’ai des fiches de paie, des diplômes, je paye des impôts, j’ai travaillé partout.

Et ici ils te parlent comme à une merde. On patiente, on patiente après c’est la limite. Les policiers nous ont ramené des policiers arabes pour parler avec nous, pour nous consoler. Ils nous disent « mangez du pain ». Soit vous êtes avec nous soit non, comment tu dis mange du pain ? Ils ont dit « oui c’est vrai, personne peut manger ça, la situation ici est difficile ». Mêmes les prisonniers qui viennent de sortir de prison, ils disent je préfère rester 3 mois en prison qu’ici. ça veut dire qu’on est pire que des criminels, les blédards sans papiers. 

On a un problème avec la graille ça sert à rien de casser les trucs, si on casse la télé, on sera sans rien après. On va se parler entre nous, on va être solidaires. Les fics nous menacent, ils ont dit si vous faites du bordel, ça va se passer mal. Ils vont faire quoi ? ils vont nous tuer ? Y’a pas besoin de nous menacer. Déjà vous m’avez éloigné de ma femme et mon fils, vas-y mets moi une balle dans la tête, dis moi on tue les arabes et ça y est. La peur je la connais pas, j’ai traversé la mer, et la plupart on est comme ça ici, c’est pas la peine de nous menacer, on connait pas la peur. »

Les CRA tuent à l’abri des regards. Soutien à tous les prisonniers !
Ni CRA ni prison ni expulsion !

Témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu rencontrées lors de visites au parloir ces dernières semaines.
La situation pour les Algérien.nes est toujours la même, les préfectures n'obtiennent pas de laissez-passer de l'Algérie pour les expulser et les juges des libertés et de la détention maintiennent quand même les personnes en CRA.
Les conditions de vie sont, comme toujours, indignes et déshumanisantes : racisme, violences policières, mauvaise nourriture, les prisonniers ont faim, absence de soins médicaux, de nombreuses personnes malades ou souffrant de troubles psychiques sont maintenues enfermées.
L’objectif de l’État est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à déporter les personnes alors qu’elles ont purgé leur peine de prison.

Témoignage de L. H :
L. H a refusé un premier vol pour le Maroc et pour résister au second vol programmé, il a avalé des piles et des pièces de monnaies. Il a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital pour un lavage d’estomac. A la suite de son hospitalisation, il a été mis directement dans l’avion.
Nous avions parlé avec L. H. entre les 2 vols de déportation :
« Je suis arrivé en France à 11 ans… J’ai fait 5 ans de prison, ma carte séjour a périmé pendant la prison et le renouvellement n’a pas été autorisé. Ils m’ont mis une OQTF et j’ai été emmené à l’aéroport direct. Ça m’a choqué, je m’y attendais vraiment pas. J’ai grandit ici – je voulais ressortir pour retrouver ma famille qui est là, on m’envoie à l’aéroport pour aller au Maroc directement. Ça fait des années, j’ai personne au Maroc. Je suis en train de faire toutes les démarches, j’ai pris un avocat et tout. Je préfère crever que partir au Maroc, je vous jure, j’ai même eu des idées bizarres qui me sont passées par la tête. J’ai toute ma famille qui est ici, du jour au lendemain on veut m’envoyer au Maroc. J’ai déjà envoyé un dossier au juge, il l’a pas encore lu, entre temps on m’a déjà pris un billet d’avion. On m’éloigne de ma famille. Ma faute je l’ai payée, mais là c’est mon avenir, je suis au bord du suicide, la vérité, sincèrement, j’ai l’impression que j’existe même plus, j’ai l’impression qu’y a plus de loi. Je travaille depuis que j’ai 16 ans, j’ai tous les documents, depuis mes 18 ans j’ai mon premier CDI. On dirait c’est fait exprès, même si on tient le coup, à la fin ça passe, y’a plus de quoi tenir. J’ai ma femme qui est dehors elle a besoin de moi, elle est enceinte elle va bientôt accoucher. Je suis épuisé, on me ramène au CRA je suis encore plus épuisé. Ma femme elle prend 2 jours rien que pour venir me voir elle vient de Marseille pour me voir, ça coûte 300-400 euros rien que pour des allers retours. Ma mère pareil, elle habite actuellement à Montpellier, je suis loin de tout le monde c’est une galère. J’ai pas besoin de gâteaux, de bonbons, j’ai besoin de ma liberté j’ai besoin de retrouver ma famille au plus vite. J’attire pas l’attention j’ai l’impression. Il faut se faire du mal pour attirer l’attention vous voyez ce que je veux dire ? On me traite de la pire des manières. »

Témoignage de B. K : 
« Il y avait un Palestinien avec nous dans le secteur A. Il y a surtout des Algériens, quelques marocains et ce Palestinien, il est sorti, il est resté que 4 jours. Il a passé 2 ans à Seysses parce qu’il a fait une vidéo où il a parlé d’Israël. Il est resté 2 ans à Seysses dans le secteur des gens dangereux. Ils sont allés le chercher chez lui, ils ont fait une perquisition chez lui. 
À Toulouse c’est pire qu’à Marseille le centre, ici les flics la police ils sont méchants ils tapent les gens au cachot pour pas qu’on les voit. L’autre jour quelqu’un ne voulait pas manger, le flic lui a dit mange, il a dit non c’est une gamelle, le flic lui a dit « tu es un chien c’est pour toi ». Le gars, il a dit quelque chose pour se défendre, le flic l’a emmené au cachot pour le frapper. J’ai remarqué et j’ai fait attention, c’est dommage on a pas de téléphone pour prendre des photos, les plats qu’on mange pas ils les remettent le lendemain même s’ils sont périmés. Au secteur A, il y a que des Algériens et il y a pas de laissez-passer de l’Algérie, on est là pour rien. Dans ce secteur il y a pas la télé, il y a rien il y a pas de jeu, il y a rien, la bouffe est dégueulasse. Au centre de Nice, un algérien a été attaché et scotché pour être expulsé avec une escorte dans l’avion quand il est arrivé à l’aéroport en Algérie il était blessé et ses vêtements étaient déchirés. La police algérienne a demandé pourquoi il était comme ça, il a dit qu’il ne voulait pas être expulsé, la police a demandé à renvoyer le gars en France. »

Témoignage de M. K :
« Moi c’est la deuxième fois qu’ils m’ont envoyé au CRA, j’ai un garçon français de 4 ans. Je suis arrivé en 2002 en France, j’ai fait la maternelle, le collège, j’ai tout fait. Sauf que je suis rentré 14 ans en prison, tu vois le délire, c’est mon casier, il est sale. Et de là, l’année dernière je suis venu, je suis venu ici, j’ai fait trois mois pleins. J’ai rien à faire ici, je suis arrivé par visa par regroupement familial pour me faire une opération, j’avais un kyste à l’œil. Et voilà, j’ai fait mes papiers, mais j’ai grandi, je suis rentré dans la délinquance, en fait. Mon titre de séjour, il a périmé en 2024, j’étais en prison, j’ai pas pu le refaire. Je suis sorti, ils m’ont envoyé au centre, j’ai fait trois mois. Ils savent que je suis assigné à résidence chez ma mère, à Empalot. Ça fait 15-20 ans là-bas que c’est toujours la même adresse. Je suis sorti, j’ai signé mercredi, vendredi, mercredi, vendredi pendant un mois et demi. Jusqu’à que un soir, je me suis endormi au volant dans ma voiture, le moteur allumé. Et ils sont venus pour bruit sonore parce que j’ai un Golf R, il fait du bruit quand tu le laisses en mode parking. Et moi ça faisait deux jours que j’avais pas dormi, je m’étais endormi au volant, mais garé, devant chez moi. Ils sont venus, ils m’ont dit conduite sans permis, pas conduite sans permis, alcoolémie, pas alcoolémie. J’avais un petit peu de liquide sur moi. Et bref, ils m’ont pris en garde à vue, moi j’ai cru que j’allais sortir. Je me suis retrouvé avec 10 mois de prison, parce que je dormais dans ma voiture, le moteur allumé. Je suis sorti, et depuis, je suis là au CRA. Lundi, ça fait un mois. Mais moi, je le sais qu’ils vont me garder 90 jours, de toute façon. C’est ma deuxième fois au CRA. Je suis Algérien, c’est pour ça que je t’ai dit moi c’est 3 mois c’est juste pour me faire mal aux fesses sans être impoli, ils savent très bien qu’ils peuvent rien faire de moi. Moi je suis né à l’ancienne chez ma grand-mère, chez elle. Je suis même pas né à l’hôpital ça veut dire le consulat d’Algérie ils me connaissent pas. Je suis jamais allé en vacances en Algérie. Je suis jamais allé nulle part, je suis jamais sorti de la France, tu vois ce que je veux dire ? Ça veut dire, y a personne qui me connaît de nulle part, y a que la France qui me connaît. Tu veux m’envoyer en Algérie ? Ok, je veux bien. Mais tu veux m’envoyer chez qui, s’il te plaît ? Franchement, tu veux que je te dise quoi, moi ? Je sais pas. C’est invivable, y a pas de frigo, y a rien. T’as le droit de faire rentrer 5 articles, avant on avait le droit de faire rentrer un sac entier, tu vois ? Et ils ont fait exprès de nous interdire les boissons parce qu’il y a des boissons, tu peux les acheter à la machine, mais la petite bouteille de coca, elle coûte 2,50 €. Tu vois ce que je veux dire ? C’est parce qu’il font un magnifique bénéfice, c’est pour ça ils ont interdit les bouteilles, […] La police je te mens pas, il y a des bons et des mauvais partout, comme dans le SAMU, comme dans les pompiers, comme dans tout, tu vois.” 

Témoignage de H. B :
« J’ai été arrêté à Sète alors que je venais en France pour récupérer des papiers pour faire ma demande de renouvellement de passeport en Espagne. Je sais déjà ce qu’ils vont faire moi – parce que je me renseigne sur internet, et avec mon vécu ! Avant que je parle ils vont me rajouter un mois de plus, c’est déjà décidé. Je peux pas accéder à mon Gmail pour envoyer les papiers en Espagne. J’ai rien, ni cigarettes, ni vêtements, tout est mouillé, il fait froid. C’est Alcatraz ici, ils disent retenu mais c’est de la détention. Au tribunal on se met debout, on parle dans le vide, ça a été programmé, ils croient qu’on est bêtes. Il y a beaucoup de jeunes, moi j’ai 41 ans. Ils m’ont relâché, je suis allé à la gare pour quitter la France, la PAF m’a contrôlé et il m’ont ramené, ils veulent nous expulser mais ils nous laissent même pas partir ! La nourriture sincèrement c’est de la merde, il y a des trucs qui ont atteint la date de péremption, c’est végétarien il y a pas de viande, parfois du poisson entre guillemets. C’est Alcatraz faut voir comment c’est franchement. Pour nous les Algériens c’est difficile de refaire le passeport à cause de ce président de merde là. J’ai un asile en Espagne »

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.

Prise de parole du collectif Toulouse Anti CRA lors de la mobilisation nationale du 18 septembre 2025

La journée de mobilisation nationale du 18 septembre 2025 a rassemblé près de 40 000 personnes à Toulouse. Le collectif Toulouse Anti CRA était présent dans un grand cortège anti raciste, anti impérialiste et antisioniste, auprès du comité Vérité et Justice pour Bilal, d’AutonoMIE, de la Caselle, de l’AFA Tolosa, de la CREA Tolosa, de Secours Rouge, du Comité Soutien Palestine 31, de l’AG du Social, des grévistes de l’UCRM, et de RETSER31.

Depuis plus de quarante ans, l’État français durcit sa politique contre les personnes étrangères. Les lois racistes s’enchaînent et renforcent la répression et la criminalisation des immigré·es. Ces lois, accompagnées de discours racistes, sécuritaires et islamophobes, alimentent la haine et la suspicion envers les immigré·es, qui sont désigné·es comme des menaces potentielles. 

La dernière loi Asile et Immigration de 2024 a multiplié les obstacles à tous les niveaux : l’accès à la procédure d’asile a été durci, tout comme les conditions pour le renouvellement et l’obtention des titres de séjour. 

Par exemple, il faut désormais, en plus de justifier d’un bon niveau de français, souscrire un « contrat d’engagement au respect des principes de la République », un concept aux contours suffisamment flous qui renforce le pouvoir discrétionnaire des préfectures. De la même manière, la notion de « menace à l’ordre public » n’a aucune définition juridique : elle est laissée à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, et de façon totalement arbitraire, même pour des délits mineurs. Elle permet de placer les personnes en CRA avec ce motif. 

La circulaire Retailleau d’octobre 2024 appelle les préfectures à retirer les titres de séjour ou à ne pas les renouveler pour les personnes qui ont commis une infraction, peu importe le niveau de gravité, en utilisant la «menace pour l’ordre public».

Toutes ces mesures racistes permettent de créer une main d’œuvre jetable et expulsable. Les personnes sans papiers sont poussées à s’invisibiliser, à accepter n’importe quelles conditions de travail, à vivre dans la peur et sans droit.

Les centres de rétention administrative sont au cœur de la politique répressive contre les personnes sans papiers. Chaque année, entre 40 000 et 50 000 personnes sont séquestrées dans les centres de rétention dont plus de la moitié dans le département colonial de Mayotte. Rappelons que les CRA, dans leur forme actuelle, sont un héritage direct de la colonisation. Dans ces prisons, les personnes sans papiers subissent des violences et des conditions dégradantes, qui relèvent de la torture. Ce sont des lieux d’enfermement où les personnes peuvent mourir par privation de soin ou poussées au suicide.

La France et l’Europe ont mis en place des accords impérialistes avec les pays d’origine et de transit pour bloquer l’immigration et opèrent un chantage économique et aux visas avec ces États. Les laissez-passer constituent alors le nerf de la guerre pour procéder aux expulsions. Par exemple, en ce moment l’Algérie ne délivre plus de laissez-passer aux préfectures et malgré cela les personnes algériennes sont quand même traquées et gardées enfermées.

Pour finir, on peut rappeler que les luttes contre les politiques anti-migratoires sont indissociables des luttes anti-impérialistes. Le renforcement de la France en Kanaky, les discriminations à Mayotte et dans ses colonies en général, et la complicité de la France dans la colonisation de la Palestine par l’État sioniste, sont l’application de la politique coloniale française. 

Cette politique va de pair avec les violences faites aux immigrés, la fermeture des frontières et le business généré. La déshumanisation des personnes musulmanes, arabes, noires, est un continuum colonial raciste et islamophobe qui autorise le génocide des Palestiniens et les milliers de migrants qui sont tués en mer, à la rue et dans les prisons.

Il est urgent de nous mobiliser massivement contre ces politiques, pour la régularisation de tous les sans-papiers, pour les droits des mineurs isolés, pour l’abolition des centres de rétention et contre l’impérialisme.

Solidarité avec tous les immigrés, à bas le racisme d’État et l’impérialisme !