Violences policières au centre de rétention de Toulouse


Témoignage d’une personne enfermée au CRA de Toulouse :

« Je suis arrivé au centre, à la fouille, ils ont commencé à jeter mes habits, je leur ai dit « tranquille pourquoi vous jeter mes affaires comme ça ? »

« Le chef est venu vers moi il m’a étranglé, il m’a dit « tu parles pas comme ça avec nous. »

“Je leur ai dit « mais j’ai rien dit de mal ». Et là, ils ont commencé à me frapper, des coups de coude. J’ai des bleus de partout. »

« Ils m’ont plié, ils m’ont scotché tout le corps, ils m’ont mis le casque sur la tête et ils m’ont mis au mitard.”

“Quand ils étaient sur moi en train de me scotcher le flic a dit « crie que tu es une merde »

« J’ai crié haut et fort deux fois « je suis une merde » pour qu’il me laisse, parce que je savais que j’allais porter plainte. Je m’en fous qu’ils me ramènent au bled. “

“Je veux les faire chier, je vais pas me laisser faire, je vais appeler les journalistes ils vont se calmer. »

« J’ai fait le centre dix fois depuis 2022. Deux fois ici à Toulouse, c’est pire qu’avant »

Tentative de suicide, grève de la faim de prisonniers et première application de la loi prolongeant la durée de rétention à 7 mois.

Depuis la promulgation de la loi portant la durée d’enfermement à 7 mois – pour les personnes condamnées à une peine passible de 5 ans de prison – la première application de cette loi a eu lieu jeudi 27 août au CRA de Toulouse.

Elle concerne une personne condamnée à 18 mois de prison, qui, à sa sortie, a été enfermée au CRA pour effectuer la double peine.

Elle avait déjà passé 90 jours en rétention, durée maximale pour tous les étranger·es ayant une mesure d’expulsion.

Pendant ces 90 jours, la préfecture n’a pas obtenu de laissez-passer du pays d’origine de la personne, pour pouvoir la déporter. La personne n’est donc pas expulsable.

Malgré ça, la préfecture décide d’appliquer la nouvelle loi et demande le prolongement de son enfermement.

Comme pour les 90 jours, tous les 30 jours, et ce, jusqu’à 7 mois, les personnes comparaitront devant le juge des libertés et de la détention (JLD), qui décidera de leur prolongation ou de leur libération.

Pour toute prolongation au-delà de 90 jours, les préfectures de province doivent, bizarrement et on ne sait pourquoi, saisir le JLD de Paris, et non celui de Toulouse.

Ainsi, ces audiences se tiennent en visioconférence, entre le CRA de Toulouse et le tribunal judiciaire de Paris avec toute la violence que représente une audience dans ces conditions dégradées.

A présent, en plus des violences habituelles, les prisonniers ayant eu une condamnation pénale ne savent pas si elles seront enfermées 7 mois, même si elles ne sont pas expulsables.

Comme toujours, l’État se sert de la rétention administrative comme d’un moyen de surveillance et de torture et les jugent suivent.

Les personnes du secteur D en grève de la faim ont témoigné :

« Un collègue a trouvé quelqu’un qui s’est pendu avec la couverture dans sa cellule.
Il était encore accroché, c’est le collègue qui l’a levé et posé par terre. Ils l’ont emmené à l’hôpital, il n’est pas revenu. Il avait déjà un dossier psychiatrique et ils l’ont laissé ici. »

“On a vu la Cimade, tout le secteur, on a fait une lettre pour la directrice du centre sur la nourriture et les conditions. Les chiens vivent mieux que nous ici. Et aussi contre la loi des 7 mois, on manifeste, on fait la grève depuis 4 jours. On a tous signé la lettre. “

“La police nous a dit « si vous mangez pas, vous prenez pas les bouteilles d’eau, vous buvez pas et vous prenez pas les médicaments ». Les policiers nous ont dit, « la loi des 7 mois c’est pour tout le monde. »

Entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’Etat français dans les 27 CRA du territoire, en vue d’une expulsion. Ces prisons servent à mater et punir autant qu’à déporter.

« Les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français »

Nous publions les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mai et juin 2026.

Concernant les déportations vers l’Algérie : cinq Algériens ont été déportés depuis la Haute-Garonne le mois dernier. Après plusieurs années de refus, le consulat algérien recommence, dans certains cas, à délivrer des laissez-passer. À Toulouse, le consul se rend au CRA régulièrement pour rencontrer ses ressortissants afin d’émettre ou non un laissez-passer qui permettra leur déportation si ces derniers n’ont pas de passeport valide. Cependant l’Algérie refuse que les personnes déportées soient accompagnées d’une escorte de policiers. Les escortes sont diligentées par la PAF pour contraindre la personne à partir et l’empêcher de résister. Celle-ci est bâillonnée, casquée et attachée afin d’éviter toute résistance à bord de l’avion. Dans ce cas, il arrive que le pilote décide de la faire descendre de l’avion, notamment lorsque les passagers se solidarisent avec la personne et protestent.

Le 12 juin le Pacte migratoire de l’UE est entré en vigueur et le 17 juin le loi Règlement retour a été votée par le parlement européen où des députés de droite et d’extrême droite ont scandé « send them back » pour se féliciter de l’adoption de cette loi raciste qui va considérablement renforcer la chasse aux personnes étrangères, leur enfermement et leur déportation.

Retrouvez notre article sur le Pacte migratoire et la loi Règlement retour sur le blog : https://toulouseanticra.noblogs.org/critiques/

Également les articles de Migreurop : https://migreurop.org/article3596.html?lang_article=fr

Témoignage de A.B. : « Je suis né au Maroc en 71 mais je suis en Italie depuis 96 et j’ai une carte de séjour longue durée depuis 2008. Aujourd’hui je vis dans le Tarn avec ma femme et mes enfants. Je travaille à l’Intermarché de Montauban, je suis préparateur de commande. Le 2 mars, les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français. Ils m’ont amené chez moi et ils ont perquisitionné ma maison, ma femme et mes enfants dormaient, ils ont pris mon passeport marocain et ma carte de séjour italienne puis ils m’ont mis en garde à vue pendant 4H.
Après j’ai reçu une OQTF et une ITF d’un an. Ils m’ont dit que je passerais au tribunal le 18 juin. Mais d’ici là il fallait que j’aille signer à la gendarmerie tous les lundi, mercredi et vendredi. Un jour je suis allé signé et ils ont dit – on a un vol pour toi pour le Maroc, tu acceptes ? J’ai dit – non, j’attends mon jugement le 18. Puis le 22 mars, en allant signer, ils m’ont arrêté et ils m’ont enfermé au CRA. Ils ont recommencé – on a un vol pour toi demain pour le Maroc et moi j’ai dit – non, j’attends de passer devant le juge ! parce que tu passes devant le juge 4 jours après être entré au CRA. Maintenant ils m’ont programmé un vol pour le 12 juin et comme j’ai refusé les précédents, ils ont dit qu’ils allaient me mettre une escorte. Même si on m’envoie au Maroc, je retourne direct en Italie. Je leur ai dit – envoyez moi en Italie, j’ai mes papiers là bas ! mais ils s’en foutent. Tout ce que j’espère c’est qu’il vont me rendre ma carte de séjour italienne. »
A.B a finalement été déporté au Maroc le 12 juin, on ne sait pas si la préfecture lui a rendu sa carte de séjour italienne.

Témoignage de K.A. 
: « Depuis 2017 j’ai mal aux hanches mais on me dit que j’ai rien et je passe pour un fou. En 2019 je suis rentré en prison, en 2023 transféré à Muret jusqu’en 2026, j’ai jamais été soigné, juste ils m’ont donné du tramadol, tous les jours. Là ça fait 25 jours que je suis au CRA et que je demande à voir le médecin mais les flics ils me poussent et ils disent que le médecin il est pas là. Alors moi j’insiste tu vois ? J’insiste et d’un coup le médecin il est là, il apparait ! Je l’ai vu, il m’a pas consulté, pas touché, rien ! Juste il m’a posé des questions. Je lui ai dit que je voulais faire une radio, des examens, que j’avais le droit d’être soigné. Il a répondu – je suis chez moi, je fais ce que je veux. Il m’a donné un anti-inflammatoire ! Mais moi je peux pas marcher, j’ai mal tout le côté gauche ! C’est pas un médecin, c’est la mafia. Des fois j’ai trop mal pour aller manger mais les flics ils s’en foutent, ils disent que je refuse le repas. La Cimade j’ai été les voir, ils font rien, ils sont complices, ce matin ils m’ont répondu – on n’est pas dieu. »

Témoignage de O.C. :
J’ai fait un an de prison, c’était pire qu’ici, enfermé h24 dans une cellule minuscule avec deux autres gars. Ici tu vas tu viens, la cellule elle est grande. Quand je sors, je reste pas en France, je vais en Italie – y’a mon père et mon frère là bas. En Tunisie y’a rien, tu travailles toute la journée tu gagnes 50 dinar, tu sors, tu manges tu bois un coup : 60 dinar. Tu peux rien faire. Ils peuvent m’expulser, je reviens en Italie, je suis jeune, c’est pas la première fois, ils croient quoi ? Comment je suis arrivé ici ? J’ai pris un bateau, Tunisie – Italie. Le gars avec qui j’ai fait la traversée, il est resté, j’aurai du faire pareil, regarde où je suis moi ? on m’avait dit la France c’est bien, c’est mieux. J’ai vu la France et c’est pas bien : regarde où je suis ? »

Témoignage de I.L. : « Je suis arrivé en France à 15 ans, j’ai été pris en charge comme mineur isolé à Lyon, j’ai mon diplôme de CAP, j’ai des fiches de paie, j’ai tout mais ici ils s’en foutent ! A l’audience ils faisaient que répéter menace pour la France, menace pour la France. Moi j’ai tout fait pour être en règle.

A chaque fois que j’allais à la préfecture pour ma demande de titre de séjour j’amenais un CDI, une fiche de paie, à chaque fois ! Mais eux ils me donnaient un récépissé de trois mois puis ils mettaient 6 mois à la renouveler ! Alors l’employeur il voulait pas me garder, ils disaient ton récépissé il est périmé. Et ça pendant 4 ans ! Après je suis venu à Toulouse, j’ai été pris pour stup et maintenant ils me disent que je suis une menace pour la France. Je suis sorti de Seysses après 13 mois pour bonne conduite mais à la sortie ils m’ont amené direct au CRA.

Ça fait 6 jours que je suis en grève de la faim – je préfère être hospitalisé que rester ici. Ils sont pas humains les flics. Je mange pas et ils me disent que je suis un comédien. Quand j’ai eu ma première audience, ils m’ont pas ramené au tribunal l’après midi pour connaitre la décision du juge. Puis le lendemain ils m’ont donné un papier qui disait que je prenais 26 jours supplémentaires. Et là où j’étais censé signé, y’avait écrit – refus de signer, avec la date de la veille. Mais j’ai rien refusé moi, je l’avais même vu le papier – tu vois comment ils font ici ? Comme l’OQTF ! Il me l’ont mise quand j’étais en prison sauf que je l’ai jamais reçue. Pourtant je recevais le courrier des impôts qui me disait que j’avais pas payé ceci cela. Alors pourquoi j’ai pas reçu le refus de titre de séjour doublé de l’OQTF ? Pour pas que je conteste ! Parce que t’as que 48H pour contester. Je suis déprimé.

Y’a des gars ici qui sortent parce qu’ils ont aucun papier, rien, la préfecture les trouve pas. C’est injuste. Moi j’ai tout alors ils me gardent pour m’expulser dans mon pays d’origine, en Côte d’Ivoire. Y’a beaucoup d’Algériens ici et je sais pas c’est quoi les accords entre l’Algérie et la France mais les gars ils font trois mois et il sortent et ils reviennent à nouveau et ils sortent. C’est quoi l’histoire ?
Comme si la France elle avait pas de lien avec la Côte d’Ivoire ! 80% des richesses de la France elles viennent de la Côte d’Ivoire ! Et c’est comme ça qu’on nous traite aujourd’hui ? »

Témoignage de L.R. à propos de la résistance de H.F. à sa déportation en Algérie, prévue 3 jours avant qu’il arrive au terme de ses 90 jours d’enfermement, et alors qu’il avait déjà résisté à plusieurs tentatives de déportation : « Il a pris des médicaments dangereux. Après, il était dans la chambre, il est resté comme ça… Il était malade beaucoup parce qu’il a pris un médicament dangereux, comme ça il part à l’hôpital, et il peut pas partir en Algérie direct. Après, la police est venue chez lui le matin, et l’a ramené direct. Facile, comme ça ! Il n’est pas revenu, il est plus là. »

Victoire contre la censure : la mairie de Toulouse déboutée par le tribunal administratif

Le collectif toulousain (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) organisateur d’une manifestation et d’une soirée de solidarité avec le Sahara occidental le 9 mai 2026, remporte une victoire importante face à la mairie de Toulouse. 

Saisi en référé liberté, après la décision de la mairie d’empêcher la tenue de l’évènement en réquisitionnant la salle Osète, pourtant réservée et payée par l’organisateur, le tribunal administratif a donné raison aux collectifs.

Lors de l’audience, la mairie a tenté de justifier son interdiction en invoquant une prétendue menace à l’ordre public  en raison de la tenue et du contenu de l’évènement.

Des arguments fallacieux qui n’ont pas convaincu le tribunal et qui révèlent avant tout de l’alignement politique de l’État français, et de la majorité municipale, sur le soutien à la colonisation marocaine du Sahara occidental, ainsi qu’une volonté de céder aux pressions d’associations marocaines réclamant l’annulation de l’évènement.

Les pressions n’ont pas réussi à faire taire la solidarité avec le peuple sahraoui. Le collectif continuera à défendre le droit de débattre, de s’organiser et d’exprimer sa solidarité avec les luttes anticoloniales et anti-impérialistes et pour le droit à l’autodétermination des peuples. 

Libération du Sahara occidental ! Vive la lutte du peuple sahraoui ! 

La mairie de Toulouse censure un évènement en solidarité avec le Sahara occidental

Communiqué de presse
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A Toulouse la Mairie réquisitionne la salle municipale Osète, louée initialement par notre collectif (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) afin d’y organiser une projection-débat en solidarité avec la lutte du peuple sahraoui. La salle municipale Osète, louée pour le 9 mai (facture payée le 7 avril et visite technique réalisée le 22 avril), a été réquisitionnée via un mail expédié le 30 avril sans autre explication.

L’évènement consiste en une projection-débat ainsi qu’une exposition de photos et des prises de paroles de jeunes sahraoui.es et du représentant du Front Polisario Mohamed Ali ZEROUALI. Il vise à informer les citoyen-nes de l’histoire du Sahara occidental, victimes de la colonisation par le Maroc depuis la grande marche dite « marche verte » de 350 000 marocains, lancée par l’armée et le gouvernement en 1975 avec bombardement au napalm, obligeant les Sahraoui-es à se réfugier en plein désert algérien. Il a pour objectif d’expliquer les raisons pour lesquelles les Sahraoui-es contestent la prétendue marocanité du Sahara occidental.

Le collectif toulousain soutient le peuple sahraoui qui réclame un référendum d’autodétermination, en application du droit international et du mandat confié par l’ONU à la MINURSO depuis 1991. Il condamne les tentatives d’annexion par le Maroc et l’actuelle colonisation de peuplement de la plus grande partie du Sahara occidental. Il dénonce aussi ce mur de séparation de 2700 km de long, truffé de mines et en permanence sous surveillance policière, entre les territoires occupés par le Maroc et les territoires libérés par le Front Polisario. Ainsi que le soutien permanent de la France à cette colonisation.

Nous exigeons des explications de la part de la mairie sur le motif de cette soudaine réquisition. Nous établissons un rapprochement avec la promptitude du maire de Toulouse Mr Moudenc à cautionner, en avril 2025, les accusations mensongères de Samir Hajije, un de ses adjoints, destinées à discréditer les organisateurs de l’accueil à Toulouse de la Marche pour la Liberté, de Paris à la prison de Kénitra au Maroc, réclamant la libération des prisonniers politiques. Mensonge reconnu par la justice puisque la plainte de Samir Hajije a été classée sans suite.

https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/une-grossiere-manipulation-pour-virer-la-cgt-de-la-bourse-du-travail-les-faits-sur-l-agression-inventee-par-un-elu-de-la-majorite-municipale-3065683.html

Nous ne pouvons, non plus, ne pas évoquer le nombre de fois où des manifestations et évènements de soutien à la lutte du peuple palestinien ont été interdites ou empêchées à Toulouse.

Nous rappelons que les salles municipales sont des biens publics. Elles ne sauraient être considérées comme la propriété privée du maire ou de la majorité municipale, qui décideraient arbitrairement de leur attribution. Ainsi, le collectif toulousain réclame le droit d’organiser à Toulouse, dans les salles municipales, des événements anti-impérialistes et anticolonialistes. Ces initiatives relevant de l’éducation populaire ont pour objectif d’informer, notamment sur la nécessité pour la France de cesser de rejeter les droits à l’autodétermination et à la libération des peuples autochtones colonisés (sahraoui, palestinien, kanak, …).

Le collectif a déposé un référé liberté le 7 mai 2026 au tribunal administratif pour faire annuler cette décision.

JOURNÉE EN SOUTIEN AUX PRISIONNIER·ES DU CRA DE TOULOUSE

Le 29 mai à la Chapelle, Toulouse Anti CRA organise une journée en soutien aux prisonnier·es du centre de rétention de Toulouse – Pour soutenir matériellement les personnes enfermées au CRA mais aussi pour se rencontrer, faire connaitre les CRA.

Au programme :

14h : OUVERTURE – TOMBOLA LOTS EXCEPTIONNELS !!
tables de collectifs – friperie – gaufres – etc
16h : PROJECTION DOCU SUR LE HANGAR D’ARENC ET DISCUSSIONS
18h : APÉRO QUIZZ
19h : REPAS VÉGAN
20h à 22h : CONCERT MAI DE RIMAS et DJ SWELL

Participation libre (espèces uniquement) – accès PMR
La Chapelle – 36 rue Danielle Casanova – Toulouse

Avec les tables des collectifs : Nta Rajel, La Créa, Secours rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine 31, CPCED, Tsedek, Survie, PMN Editions, collectif Vietnam-dioxine, AFA Tolosa, Casarp

Violences policières au centre de rétention de Toulouse

Nous publions les témoignages de plusieurs personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mars et avril 2026.

Les CRA hiérarchisent les corps et les matent. Les violences évoluent vers toujours plus de répression et de torture. Elles visent à punir celles et ceux considéré.es comme expulsable afin de les inciter à quitter le territoire par leurs propres moyens. 

Depuis un mois, dans le CRA de Toulouse, ce sont des prestataires privés qui se chargent de l'accueil des visiteurs – comprendre la fouille. 

Il s'agit de la société Weesure qui a pour ligne directrice "la sécurité première des libertés". Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est sans doute une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d'être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l'intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.

Cela nous rappelle que la sélection, la hiérarchisation, l'enfermement des étranger.es est à analyser et à comprendre par le prisme du système capitaliste et raciste qui sert à une poignée d'"entrepreneurs". Cet appel à des sociétés privées avait déjà cours au CRA de Vincennes. Ce qui veut dire que les conditions de vie des détenus se restructurent suite à des initiatives locales, pour être généralisées à l'ensemble des CRA quand elles sont jugées efficaces. Surtout quand elles permettent d'isoler et violenter encore un peu plus les personnes étrangères.

Témoignage de H : « Je travaille dans le bâtiment. J’ai eu mon premier vol, les policiers m’ont scotché tout le corps et un casque très serré sur la tête, ça faisait très mal. Ils m’ont emmené comme ça à l’aéroport.

Ils ont garé la voiture à côté de l’avion. Quand on est monté je leur ai dit je pars pas. Les gens m’ont vu, ils ont eu peur, une femme marocaine dans l’avion leur a dit de me laisser.

Le pilote a finalement dit à la police de me descendre de l’avion. Ils m’ont ramené au centre, ils m’ont frappé au ventre, avec un coup de pied et au visage avec le coude. »

Son codétenu :  » ils ont plié H. en quatre, les pieds et les mains comme un animal, il a des blessures au visage. C’est la première fois qu’il refuse le vol. Il est presque à 90 jours, il lui reste 15 jours, il se demande s’il aura un autre vol. L’avocate a dit que le juge est dur, elle n’a pas pu le faire sortir. Ils nous traitent comme des animaux, c’est tous des racistes, les juges, tous. »

Témoignage de B : « J’ai vu quelqu’un ici, ça fait 41 ans qu’il est France et il est enfermé là. Moi je suis partis de Tunisie, j’avais 17 ans avec ma mère et mon petit frère qui avait 9 ans à l’époque.

J’ai mis ma mère dans un container, avec juste un trou pour respirer. Moi j’ai traversé les Balkans, 14 pays à pieds, tout ça pour qu’on t’expulse en 24H – tu te rends compte le truc ?  J’ai rejoins la Suisse depuis la Roumanie sous un camion, 17H attaché dessous.

Je suis pas bien, la prison c’est mieux qu’ici, tu laisses à manger tu le retrouves pas, toutes les portes sont ouvertes, on te pique même les couvertures. J’arrive pas à dormir, je fais des cauchemars, je me réveille en me demandant où je suis, t’entends le moteur des avions tout le temps, ça fait peur, c’est du stress ». 

Témoignage de R est en France depuis l’âge de 4 ans (1992) et ses papiers ne se périment qu’en avril 2026. Il s’est fait arrêter sur un contrôle à Toulon, il a appris qu’il avait une OQTF. Il a dit que dans le CRA ils étaient traités comme des chiens, qu’il y avait beaucoup de propos racistes. Que les flics se méfie de lui « parce que je parle bien français ». « Je leur ai dit vous me respectez, je vous respecte ; vous me respectez pas, je vous respecte pas ».

« Vous l’avez compris j’aime pas beaucoup les flics – ils se croient intouchables ». « Il faut avoir de la patience, on s’ennuie ». « il se passe des choses bizarres ici – par exemple il font le ménage avec l’eau usée, après ça pue ». « Ici y’a zéro droits, rien du tout ».

« On fait tout pour qu’on soit pleins de haines, on devient associables et méfiants ». « C’est comme un cimetière ». Il a dit qu’il refuserait son vol mais le deuxième ce sera pas possible, les flics l’ont prévenu : « si tu fais le malin, on t’attache de la tête aux pieds ». Il veut pas rester en France. S’il sort il s’organise pour aller en Tunisie et vivre tranquille « au bord de la mer, entouré d’animaux ».

Témoignage de S : « Ce qui m’arrive, c’est trop compliqué parce que j’ai fait déjà 2 mois ici. Ils m’ont libéré vendredi dernier. J’ai fait une semaine dehors. Ils m’ont placé sous assignation à résidence. Je signais tous les jours, pendant 45 jours, ce qui est écrit sur le papier. Hier, quand j’ai signé, le policier a dit : « attends, il faut qu’on te ramène en garde à vue ». Après ils m’ont dit que la préfecture avait un vol pour moi le 9 et ils m’ont remis au CRA. Je comprends pas en fait, j’ai déjà fait ma demande d’asile, le premier jour où je suis venu au CRA. Elle a été refusée, on a fait appel, j’attends l’audience mais ils veulent m’expulser avant. 

J’ai personne au Tchad. J’ai perdu mes parents, j’étais petit. Ma mère était Soudanaise, donc ma grand-mère, elle est venue, elle nous a pris du Tchad pour nous ramener au Soudan. On a grandi là-bas. 

Je dois refuser le vol. C’est toujours coute que coute. En plus, la préfecture, ils sont malins, ils m’ont ramené pour que je fasse quatre jours et le quatrième jour, ils vont me mettre un vol. Parce qu’à la base, si tu rentres ici, tu fais cinq jours pour aller te faire juger. Et bien là, ils ont fait en sorte que voilà, je ne vais pas au juge. Et le quatrième jour, c’est le jour où ils vont me ramener direct. 

Pour le vol, au bout de 3 fois, ils vont vous forcer. Sinon c’est la garde à vue et après prison. Il y avait une personne, il s’appelle B.Z, il a refusé trois vols. Par chance, ils l’ont ramené ici. Et le quatrième vol, c’était avant-hier, il est parti et il n’est pas revenu. On ne sait pas ce qui s’est passé en fait. On ne pense pas qu’il a été expulsé par avion. On pense qu’il doit être en garde à vue ou qu’ils l’ont ramené en prison, un truc comme ça. Parce qu’au bout de trois ou quatre fois, tu refuses, ça veut dire que la préfecture, elle va déposer plainte. » 

18 mars : journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es politiques

A Toulouse un rassemblement a été organisé par le collectif Secours Rouge Toulouse , à l’appel de 25 organisations, syndicats, collectifs et partis toulousains.

Prise de parole de Toulouse Anti CRA

La population carcérale en France n’a jamais été aussi élevée et ne cesse d’augmenter, sans que la criminalité elle n’augmente, conséquence d’un important durcissement du système pénal. 

Afin d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps, l’État prévoit, d’ici 2027, la création de 15 000 places de prison et de 1041 places en centre de rétention. 
À Muret près de Toulouse, un projet de construction d’une prison de 615 places est prévu pour faire de Toulouse – Seysses – Muret un des plus grands centres pénitentiaires de France.
8 nouveaux CRA vont également être construits d’ici 2029, en plus des 27 existants. 
Rappelons que les CRA sont des prisons pour les personnes étrangères. 

Rappelons également que les prisons sont des lieux de torture qui humilient, déshumanisent, détruisent et tue. 

Elles constituent l’outil central de contrôle social pour surveiller et punir les personnes racisées et issues des milieux populaires, à travers des pratiques policières et judiciaires racistes et discriminantes. 
En France, comme il n’y a pas de statistiques ethniques, on se base sur des études sociologiques qui indiquent que la grande majorité des personnes incarcérées, notamment en maison d’arrêt, sont des nationaux noires et arabes.

S’il y a besoin de le préciser, dire qu’il y a plus de personnes noires et arabes en prison n’implique pas qu’elles sont davantage criminogènes. Ces chiffres confirment simplement le système de domination et de surveillance issu des pratiques coloniales mis en place par l’État dans les quartiers populaires, ainsi que sa justice de classe et de race.
Rappelons que les personnes racisées sont contrôlées jusqu’à 20 fois plus que les personnes blanches et sont d’avantage judiciarisées, avec des sanctions plus sévères. 

Concernant les personnes étrangères, elles représentent presque un quart du total des personnes emprisonnées en France. Chaque année, la police interpelle 192 000 étrangers par contrôles au faciès. Par rapport aux personnes françaises, elles risquent 3 fois plus de passer en comparution immédiate, 5 fois plus d’être placées en détention provisoire, et 3 fois plus la prison ferme. ​​​​​​​

Nombreuses sont celles qui se retrouvent en circuit fermé entre centres de rétention et prison. Cela s’explique notamment par la criminalisation des stratégies de résistances mises en place par les détenus. Puis les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaborations croissantes des préfectures et de l’administration pénitentiaire. 

En effet, la prison est l’occasion pour les préfectures de trier les personnes qui pourraient représenter une « menace pour l’ordre public » : motif fourre-tout et prétexte arbitraire afin de ne pas renouveler le titre de séjour d’une personne, voire de le lui retirer pour mieux l’expulser par la suite.

Les expulsions visent également et tout particulièrement les sortants de prison qui subissent ce qu’on appelle le double voire la triple peine : celle d’être enfermé en CRA après avoir été enfermé en prison et celle d’être déporté – parfois vers un pays qu’elles ne connaissent pas.

Les luttes des personnes concernées, notamment via le Comité national contre la double peine dans les années 1980-1990, avaient conduit à obtenir des protections contre les déportations. La loi asile et immigration de 2024 a marqué une importante régression en supprimant les catégories protégées pour faciliter les déportations des sortants de prison. 

Aujourd’hui, la lutte anticarcérale mobilise très peu. Il est nécessaire que cette question retrouve de l’écho afin de lutter concrètement contre les prisons, outil essentiel de l’État et de son système de domination capitaliste, patriarcal et suprématiste. La lutte anticarcérale passe par le soutien aux prisonniers et prisonnières, en mettant en lumière leurs résistances, individuelles ou collectives, trop souvent invisibilisées. 

Ni CRA NI PRISON NI EXPULSION
Solidarités avec toutes les personnes enfermées !

Les prisonniers du centre de rétention de Toulouse transmette leur vidéo et appellent à la solidarité

Ils ont réussi à envoyer cette vidéo bien que les téléphones avec caméra soient interdits.
Ils demandent que leurs revendications et leurs résistances soient diffusées et partagées.
Soutenons-les ! Soutenons leur résistance qui crée des solidarités face à l’isolement et la déshumanisation des CRA qui est quotidienne dans ces prisons où les personnes sont humiliées, maltraitées et subissent les violences policières.

En France, on dénonce la violence de l’ICE, la milice de Trump, et ses camps pour étrangers. Mais ici aussi, on traque les personnes étrangères : la police interpelle 192 000 étrangers par an avec des contrôles au faciès. Et entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’État français dans les 27 CRA du territoire où règnent l’arbitraire policier et des conditions de détention indignes.

Force et soutien à toutes les personnes enfermées au CRA de Toulouse et ailleurs !
Ni CRA, ni prison, ni expulsions
A bas le racisme d’État et l’impérialisme 🔥

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

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