La triple peine : prison, CRA puis assignation à résidence.

Témoignage d’un prisionnier du CRA de Toulouse placé en assignation à résidence à sa sortie du CRA – Juillet 2026

« J’ai passé deux périodes au CRA, en 2023 et en 2025. La première fois, c’était au CRA de Perpignan. Je suis resté trois mois là-bas. Trois mois de galère. Ils viennent, ils te rajoutent un mois après un mois, après 15 jours, après 15 jours, et voilà.

C’était pareil à Perpignan mais le CRA de Toulouse, il est un peu plus dur. Le CRA de Perpignan, il y a une promenade collective et tout, tu peux faire des activités et tout à Toulouse, tu peux rien faire. À Toulouse, c’est l’enfer, c’est pire que la prison. L’autre tu peux regarder le ciel. Moi je pense que le CRA de Toulouse franchement c’est quelque chose. Et pour que tu passes trois mois là-bas, il faut que tu sois fort mentalement. 

Le CRA, il est sale. Même tu nettoies, c’est toujours sale. La nourriture, laisse tomber. Franchement, je suis désolé, même si tu ramènes un chien, il ne peut pas manger ça. Il y a des jours, ça m’est arrivé là-bas, j’ai mangé que le pain, de toute la journée. Après, à certains moments ils bloquent les visites, tu peux pas rentrer à manger. Même si tu rentres à manger, tu manges que des trucs sucrés, tu rentres pas ce que tu veux.

Ils changent les règles comme ils veulent. Il n’y a pas un règlement qui vient par exemple de la ministère ou quelque chose comme ça. C’est eux qui font le règlement là-bas. Des fois, quand il y a trop de gens, ils bloquent les visites et tout, il y a des gens qui fument et des fois, ça pète entre eux, il y a des embrouilles à cause de cigarettes. 

Tu demandes de voir le médecin, tu le vois une fois par semaine, des fois, il est pas là, t’es mal et tout. Tu galères pendant une semaine ou pendant trois jours. La dernière fois quand j’étais au CRA, moi, j’avais mal aux dents. Ah franchement, pour me faire sortir et voir le dentiste, c’est une galère. J’ai attendu 20 jours. Des fois, ils te donnent des cachets. Des fois, la dent elle est infectée ou il y a une carrie, tu prends des médicaments, ça sert à rien. Du Doliprane, ça sert à rien. Tu galères.

Là-bas, t’es pas en sécurité. Des fois, il y a des flics, ils te provoquent. Ils vont jusqu’au bout avec toi, jusqu’à ce que toi, tu pètes les plombs. Après, ils te ramènent en prison. Parce que toi, t’es provoqué au max. Ils te touchent, ils te provoquent, ils te font des trucs, ils te manquent de respect et ils te rabaissent, ils te disent des trucs racistes. Ils disent des choses méchantes. C’est pas tous, mais la plupart. Des fois, tu demandes la moindre chose, par exemple d’accéder à ton bagage ou pour avoir le médecin ou l’infirmerie, et ils commencent à se foutre de ta gueule, “j’ai un travail”. Mais c’est quoi ton travail ? C’est avec nous, c’est ton travail, de faire ça. Ils te disent “attends, attends, attends, attends”, le temps qu’on attend… Et des fois, ils te calculent pas, et des fois, tu pètes les plombs, et tu dis n’importe quoi, et lui, il va te dire des trucs racistes. Des fois, tu lui plait pas, ils te regardent : « Toi, t’auras pas de visite, tu vas pas aux bagages, ni rien du tout. » Toi, au bout d’un moment, tu vas péter  les plombs. Quand tu pètes les plombs. Quand tu t’énerves, tu dis n’importe quoi. Lui, il attend ça. Soit, il va t’insulter avec des trucs racistes, il te manque de respect, il te rabaisse devant les gens, devant ses collègues. Sinon, si tu réagis, ils vont venir à 10, ils te prennent, ils te ramènent à l’isolement, ils vont te frapper carrément. Dès qu’ils voient qu’il t’a trop frappé, ils voient qu’ils risquent des choses, ils te rajoutent la deuxième affaire. Tu te trouves dans une autre galère, en prison.

La bagagerie du CRA de Toulouse, où sont confisquées les affaires personnelles des prisonniers.

Au CRA de Toulouse, je suis resté aussi 3 mois, le maximum. Ils savaient bien. Quand tu passes devant le juge, ils savaient bien que entre l’Algérie et la France, c’était bloqué. C’était vraiment bloqué. Il y avait un problème diplomatique.

Après les trois mois, ils m’ont mis assignation à résidence. Je suis resté un an et demi à pointer deux fois par semaine. Un an et demi. La dernière fois, ils m’ont sorti quoi ? “Il faut que tu vois le consul au CRA”. Il faut que, moi, j’aille là-bas avec mes propres pieds pour voir le consul, et peut-être que je me trouve enfermé là-bas ?!? Je rentre là-bas, peut-être qu’il me dit : « Vas-y, toi, tu vas rester là. »

Je me suis retrouvé en prison parce que je suis en interdiction. En prison, je me suis retrouvé au CRA. En gros, je suis resté six mois enfermé. Pourquoi ? Pour rien. Je me suis fait frapper par la police, avant que je rentre en prison. Parce que j’ai couru, parce que c’est normal. Ils m’ont vraiment frappé, ils ont sorti des matraques et tout. J’ai vomi et tout. J’ai pas réagi, j’ai pas dit non, j’ai pas insulté, j’ai rien dit. Vraiment, j’ai rien dit. Juste je suis parti en courant. J’ai couru. Eux, ils étaient derrière moi, ils m’ont rattrapé, ils m’ont frappé. Après, ils ont fait quoi ? Ils ont dit que moi je les ai frappés. Ils avaient pas ni certificat, ils avaient pas ni blessure, ni rien du tout. Moi, j’étais blessé, tout le corps, sur la tête. Ils m’ont mis un coup sur la tête, et j’ai même la cicatrice. Donc je suis passé devant le juge et tout. Et quand je voulais lui expliquer, qu’ils m’ont frappé et tout, la juge, elle m’a dit comme ça. « Ouais, on le sait. Toi, t’as frappé personne, mais par contre, t’as pas respecté l’interdiction ».

Eux, ils m’ont frappé, ils m’ont rattrapé, ils m’ont mis en garde à vue. Le médecin en garde à vue, quand il est venu me voir, les policiers lui ont parlé. Je lui ait dit « j’ai mal à la tête, je veux un Doliprane et tout”. Il m’a dit “Ouais ouais, d’accord”. J’ai fait 48 heures de garde à vue. C’est inimaginable. J’ai dit “ils m’ont coupé là, j’ai une coupure là, sur la tête, est-ce que tu peux les désinfecter ou point suture, quelque chose ?”. Il m’a dit “non non, t’inquiètes, t’es bien, t’es bien”. Je voulais lui montrer les blessures et tout il m’a dit “non, non, t’es bien”. Ils m’ont rien ramené pendant 48 heures de garde à vue, et le médecin, je l’ai vu le lendemain. Tu t’imagines ? Ils m’ont rattrapé, c’était à 19h30. J’arrivais en garde à vue, c’était 20h30. Depuis 20h30, j’ai demandé au médecin et je l’ai vu le lendemain.

Après, quand ils m’ont ramené en prison, là, ils m’ont mis des points suture. Les infirmiers, ils m’ont mis des points suture, ils m’ont mis un certificat, comme quoi j’arrivais en prison, et j’étais comme ça. Je me suis trouvé en prison à cause de ça. Juste un contrôle. Quand ils font leur travail administratif, pendant que t’es en prison, ils font quoi ? Tu finis ta peine en prison, et ensuite on te ramènes au CRA.

Quand j’étais en AAR, moi, le truc qui m’a choqué, j’ai fait une opération il n’y a pas longtemps, c’était en novembre dernier. J’ai appelé la gendarmerie, j’ai dit, je suis immobilisé, je n’arrive pas à bouger, j’ai fait une opération, je vous envoie tout, les papiers, les certificats et tout. Je peux pas bouger pendant un mois, un mois et demi. Franchement, ils étaient pas d’accord. Je peux pas, je suis en béquille. La majorité du temps,  je dors pas à cause des douleurs. J’ai pas de papiers, je galère. J’avais pas ni aide médicale, ni rien du tout, j’ai galéré pour avoir les médicaments, j’ai galéré pour avoir mes rendez-vous, j’ai galéré par rapport à tout. Comment je viens ? Des fois, pour un rendez-vous, j’appelle mes collègues pour qu’ils me ramènent, des fois j’appelle Uber, il faut que je le paie, je le paie comment ? Je ne vais pas venir deux fois par semaine pour juste signer parce que soi-disant, je n’ai pas de papiers. Et moi, je suis immobilisé et je paie. Déjà, je galère pour mes rendez-vous médicaux. Et même, j’ai raté le kiné deux fois à cause d’eux. De 14h à 16h, il faut que tu pointes. Je suis arrivé là-bas à 14h30. Pour pointer, tu ramènes juste un papier, tu mets ton nom, ton prénom, et tu pointes. Il me dit « non, on a du travail, reste, attends. » J’attends une demi-heure ou 45 minutes. J’avais un rendez-vous à 15h. Donc j’ai raté le rendez-vous à cause d’eux. Deux fois. Là, à cause d’eux, je vais changer de kiné, je ne sais pas comment je vais faire.

Ils m’ont fait rester trois mois au CRA pour rien. Après, il vient, il te dit « Ouais, il faut que tu pointes pour rien”. Et là, quand tu pointes, tu respectes tout, on te sors un truc pour que tu sois dans le stress. Ils te mettent dans le stress. Ils m’ont dit « Ouais, tu viens au consul”. Je suis dans le stress maintenant. Ça fait deux ans. Dès que je suis contrôlé, je suis dans la merde. Même quand tu fais rien, et que tu respectes tout.

L’immigration ça peut pas s’arrêter, tu vas en Amérique, en Nouvelle Zélande, partout, c’est comme ça, on est tous des étrangers. On est tous des immigrés. Des arrière-grands-parents, n’importe qui va voir ses arrière-grands-parents ils ont migré. C’est comme ça, il y a les guerres qui poussent l’immigration, il y a plein de choses, il y a le commerce. Tu peux pas arrêter l’immigration. Ils savent bien qu’ils peuvent pas. Ils savent bien. Je comprends pas« .

Tentatives de suicide, violences policières, refus de soin et résistances au CRA de Toulouse

Témoignage d’un prisionnier au CRA de Toulouse Cornebarrieu – septembre 2026

« Je vous appelle parce que je vais me couper les veines et tout le corps, pas pour aller à l’hôpital, pour crever. J’en ai marre, j’en peux plus, les policiers m’ont provoqué de tous les côtés. Je vais leur montrer qu’est-ce que ça fait la provocation. Ma famille est venue me voir, ils ont fait 45 mn de voiture, ils ont dit « il n’est pas là ». Ma famille est devant le portail et les policiers se moquent de moi quand je leur demande pourquoi je ne peux pas avoir la visite. Ils me donnent pas mon traitement que le psychiatre m’a donné en prison, j’ai besoin de ce calmant. Je leur dis, je suis suicidaire et ils me donnent  pas mon traitement, ça veut dire quoi ils veulent que je meurs ? J’ai fait la grève de la faim. J’ai fait un malaise au bout de 7 jours. Quand je me suis réveillé, j’étais par terre au mitard.  Ils m’ont jeté et ils m’ont laissé. Je leur ai dit « pourquoi je suis par terre? » ils m’ont dit « tu as fait un malaise ». Ils ne m’ont pas emmené à l’infirmerie rien. Ils nous traitent comme des chiens. Ils ont niqué ma vie. J’ai un fils ici. C’est des vrais bâtards, ils me laissent pas voir ma famille. Je vais quitter ce pays de merde. »

« Là, on a fait des cordes pour quatre personnes pour nous suicider. Ils sont venus, ils ont tapé tout le monde avec la matraque, avec tout. Ils ont pris les cordes et tout, ils sont sortis avec. Mais on va le refaire. Ce soir, je vais le refaire, moi. Je suis pas le seul. Parce qu’on en a marre, j’en peux plus, je peux plus rester ici, même pas une minute.  

Je suis malade, je suis pas bien dans ma tête.

Je leur demande mon traitement. Quand j’étais en prison, tous les jours, ils me donnent mon traitement. Quand je suis pas bien, je deviens quelqu’un de pas normal. Je leur ai dit « Donne-moi mon calmant, donne-moi mon traitement. » Il me dit quoi ? “va te faire enc****. » Ça, c’est sa réponse, t’es qui, toi, tu me dis ça ? Ils nous provoquent, ils nous provoquent jour et soir, midi, matin, tous les jours. On est dans la saleté, on est dans la merde. Il n’y a même pas d’hygiène, il n’y a même pas de couverture. Il n’y a rien. 

La famille vient ici à 16h, ils disent qu’il n’y a plus de parloirs. Mais pourquoi ? Jusqu’à 18h, il reste encore deux heures. A chaque personne, ils lui parlent mal pour qu’il ne revienne plus. Ils menacent les gens dehors devant le portail pour que les gens ne reviennent plus nous voir. 

J’ai envie de mourir. Je ne peux plus rester ici, je n’arrive plus, ni moi, ni les autres.

Si j’avais une caméra, moi, je vous montre comment on est assis, comment on vit, vous allez péter un plomb, vous allez venir me sortir direct. 

C’est une dinguerie. Ils veulent nous tuer en fait, ils veulent nous tuer. Quand tu parles de suicide, ils te provoquent. “Si tu es un homme, fais-le », ils te disent. Ça veut dire quoi ? Même le fatigué qui ne pense pas le faire, tu lui réponds comme ça, il va le faire. Ils veulent qu’on meure tous. 

Ils nous laissent trois mois ici, on l’a accepté, on est resté. Là, ils nous mettent 7 mois, 7 mois ici, 7 mois ça veut dire tous les jours comme un chien. Tous les jours pire qu’un chien. Mon chien il vit beaucoup mieux que moi, je respecte les animaux, eux ils respectent pas l’humain, ils sont inhumains. 

La France c’est le pays des droits… j’ai plein de droits moi ici dans ce centre de merde ?! Si j’avais la caméra, je vous montre les visages, les gens, comment ils font, toute la merde, les colères, ils ont leurs enfants en France, ils ont leur famille, ils ont tout en France. Tu veux pas de moi dans ton pays ? Je vais le quitter ! Laisse-moi sortir et je vais quitter. Pourquoi tu me retiens ici ? Pourquoi ? Pourquoi faire ? Pourquoi ? Pour me torturer? 

On est tous prêts à tout. S’il vous plaît, parlez de nous. Je rêve d’aller en prison. Parce que la prison, elle est moins pire. Au moins là-bas, les surveillants, ils ne viennent pas t’insulter ta mère, ils ne viennent pas te claquer la porte de ton visage, ils ne te tapent pas avec la matraque. Moi, j’ai envie de me suicider. Tu viens, tu me tapes, tu me casses la gueule avec la matraque. Parce que c’est comme ça, la loi ? C’est pas comme ça, je connais très bien la loi. Je sais très bien que j’ai des obligations et j’ai des droits. Pourquoi moi, j’ai des obligations et je récupère pas mes droits ? Pourquoi? 

Ça va péter en fait. Et ça va être dur, ça va être plus fort, tous les jours. Je vais finir ma vie. J’en peux plus, je veux plus vivre. Je suis un suicidaire, j’ai un procédé suicidaire, j’ai mon traitement, moi je suis quelqu’un d’anormal, pas normal dans ma tête. Si je m’énerve, je deviens quelqu’un d’anormal. C’est pas moi-même qui est en train de faire les choses. C’est quelqu’un d’autre qui est en train de parler dans ma tête, qui me dit « fais ça, fais ça, fais ça ». Ici, ils ont coupé le vrai traitement, ils nous donnent Doliprane, Doliprane, Doliprane. C’est depuis le premier jour, depuis la première minute. Tout est hors la loi ici, tout est hors la loi. Je connais très bien la loi et les règles. Tout est hors la loi ici. Il n’y a que des dingueries. 

Distribution de médicaments à la cantine, par le médecin du CRA de Toulouse (les prisionniers témoignent qu’il s’agit invariablement et uniquement de Doliprane, quelque soit le problème).

On connaît, on a été dans d’autres CRA, mais c’est pas la même chose à Toulouse. Ici, ils sont en train de nous torturer.  Ça fait 12 ans que je suis en France, 12 ans que je suis en règle, je travaille, je paie les impôts… c’est tout la première fois je tombe, je rentre en prison 4 mois et maintenant ils me ramènent ici, ils ont niqué ma vie. 

Quand quelqu’un rajoute un mois, tu as le droit de faire l’appel. Tu vas à la CIMADE, tu fais l’appel. Y’a pas d’appel, tu retournes vers la CIMADE, tu lui demandes « Monsieur, j’ai fait l’appel, ils m’ont pas appelé ». »Ah c’est bon c’est trop tard, on a oublié d’ouvrir la boîte mail, on a oublié de faire ça, on a je sais pas quoi…. ». Y’a personne qui bouge pour nous. Quelqu’un a fait une demande d’asile, ils ont déchiré ses papiers, et ils lui ont dit que lui il l’a déchiré. Ils nous bloquent. Du début jusqu’à la fin. 

Même nos familles, ils viennent dehors nous rendre visite, ils les insultent, ils les provoquent. Ils te laissent une heure, deux heures, t’attendent avant le portail, il n’y a même pas un espace pour attendre, dans le plein soleil, et après ils te disent quoi ? Ils te disent “Si tu reviens ici, on va te mettre avec lui dedans”. Mais de quel droit tu lui dis ça ? De quel droit tu menaces les gens? 

Mais non, non, on va pas accepter. On va pas accepter. On va accepter la première, la deuxième, mais non, ça va péter un jour. Ils veulent me transférer, je suis content, ils veulent me dégager en prison, je suis content. Au moins, je reste pas ici, à la morgue. Ici, on est à la morgue. J’en peux plus, j’arrive même plus à vous parler. 

On est malades, il y a pas de médicaments, il y a rien. Ils nous mettent la clim fort. Quand il fait chaud, il y a pas de clim, là il fait froid, ils nous mettent la clim fort. Exprès pour qu’on soit tous malades. On va péter, tous. Parlez de ça, parlez de ça. »

Allongement de la durée de rétention, loi Rodwell et pratiques arbitraires des préfectures 

Lorsque l’enfermement administratif est officialisé et consacré par la loi en 1981⁽¹⁾, la durée de séquestration est fixée à 7 jours.
Depuis, elle n’a cessé d’être allongée, faisant de l’enfermement administratif l’un des principaux dispositifs de gestion et de contrôle des populations étrangères, hérité du colonialisme. ⁽²⁾

1993 : 10 jours
1998 : 12 jours
2003 : 32 jours
2011 : 45 jours
2018 à aujourd’hui : 90 jours

La loi du 16 juin 2011 relative à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité a permis de porter la durée maximale de la rétention administrative à 210 jours pour les étrangers condamnés à une peine d’interdiction du territoire et condamnés pour des faits de terrorisme.

Le 16 juin 2026, la loi Rodwell est votée.
Elle comprend notamment le prolongement de la rétention à 210 jours pour les personnes étrangères jugées « dangereuses » : définitivement condamnées à toute une série d’infractions passible d’une peine de prison de 5 ans d’emprisonnement et « qui représente une menace réelle, actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre public » . 
Au nom de la lutte contre le terrorisme, elle prévoit également « une série de mesures dont l’objectif est de permettre une meilleure prise en charge des individus présentant des troubles psychiatriques et susceptibles de commettre un acte de terrorisme ». La menace terroriste sert ainsi à justifier des mesures de surveillance visant des personnes considérées comme potentiellement dangereuses en raison de leur profil ou de leur état psychiatrique.

Comme toujours, toutes les lois racistes sont avalisées par les plus hautes juridictions de l’État : le 23 juillet 20026 le conseil constitutionnel approuve cette nouvelle loi qui renforce la double peine, un des principaux objectifs de la loi Asile et immigration de 2024. ⁽³⁾

Il existe déjà « la menace à l’ordre public simple » et la « menace à l’ordre public grave » qui renforcent le pouvoir arbitraire des préfectures car il n’existe aucune définition juridique de ces notions. C’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, notamment pour des délits mineurs ou sur la base d’un signalement, sans condamnation pénale. « Des préfectures ont considéré que la menace était caractérisée « pour des motifs manifestement dérisoires : regarder ‘suspicieusement’ autour de soi, cracher sur le trottoir, ralentir la circulation des voitures… », listent les associations intervenant en CRA ». ⁽⁴⁾

Ces notions permettent toute une série de mesures répressives comme la délivrance d’une OQTF, le retrait des titres de séjours, la suppression de toutes les protections contre l’expulsion comme le fait d’être parent d’enfant français, marié•e à un•e français•e, etc.

Tout cela participe à la fabrique des « sans-papiers ». On comprend bien comment l’État illégalise des personnes sur son propre territoire ce qui participe à gonfler la politique du chiffre, légitimer les contrôles au faciès lors d’opérations spectaculaires et, plus généralement, justifier le durcissement des politiques anti-immigration, appuyées par une rhétorique raciste de menace extérieure.

Une conséquence de plus en plus répandue est la prolongation jusqu’à 90 jours en CRA, sous prétexte de cette menace à l’ordre public. De plus, quand l’expulsion n’a pas pu avoir lieu au bout des 90 jours d’enfermement, les personnes qui ne sont donc pas expulsables reçoivent souvent à leur sortie une assignation à résidence (AAR), de 45 jours renouvelables 3 fois, ou de 1 an renouvelable 2 fois. 

L’AAR est une autre forme de privation de liberté qui peut obliger les personnes à ne pas sortir du département où elles sont assignées et à signer jusqu’à plusieurs fois par jour au commissariat dans le but de les arrêter à nouveau pour les déporter. La police peut pénétrer dans les domiciles avec autorisation du juge pour rechercher des documents confirmant la nationalité, etc. 

La préfecture se passe complètement de garanties de représentation dans le cas des AAR à l’issue des 3 mois au CRA. Les personnes peuvent ne pas habiter par exemple à Toulouse et y être tout de même assignées à résidence. Le non respect d’une AAR est passible d’une peine de prison de 3 ans et et d’une amende de 15 000€.

Ainsi, l’État a à sa disposition tout un tas de mesures qui permettent d’enfermer entre CRA, prison et assignation à résidence les personnes étrangères, de les torturer continuellement pour les pousser à quitter la France et l’Europe quand il ne s’en charge pas lui-même.

⁽¹⁾ « Arenc la prison clandestine » – L’ancêtre des centres de rétention – Revue Z
https://toulouseanticra.org/wp-content/uploads/2026/08/Brochure-Arenc-lecture.pdf

⁽²⁾ L’enfermement administratif, un dispositif colonial : https://toulouseanticra.org/wp-content/uploads/2026/03/table-ronde-TAC-mai-2025-1-4.pdf

⁽³⁾ La double peine, un racisme institutionnel : https://toulouseanticra.org/qui-sommes-nous/

⁽⁴⁾ https://www.infomigrants.net/fr/post/48481/la-menace-a-lordre-public-un-motif-de-plus-en-plus-en-plus-utilise-pour-placer-les-migrants-en-cra

« Les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français »

Nous publions les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mai et juin 2026.

Concernant les déportations vers l’Algérie : cinq Algériens ont été déportés depuis la Haute-Garonne le mois dernier. Après plusieurs années de refus, le consulat algérien recommence, dans certains cas, à délivrer des laissez-passer. À Toulouse, le consul se rend au CRA régulièrement pour rencontrer ses ressortissants afin d’émettre ou non un laissez-passer qui permettra leur déportation si ces derniers n’ont pas de passeport valide. Cependant l’Algérie refuse que les personnes déportées soient accompagnées d’une escorte de policiers. Les escortes sont diligentées par la PAF pour contraindre la personne à partir et l’empêcher de résister. Celle-ci est bâillonnée, casquée et attachée afin d’éviter toute résistance à bord de l’avion. Dans ce cas, il arrive que le pilote décide de la faire descendre de l’avion, notamment lorsque les passagers se solidarisent avec la personne et protestent.

Le 12 juin le Pacte migratoire de l’UE est entré en vigueur et le 17 juin le loi Règlement retour a été votée par le parlement européen où des députés de droite et d’extrême droite ont scandé « send them back » pour se féliciter de l’adoption de cette loi raciste qui va considérablement renforcer la chasse aux personnes étrangères, leur enfermement et leur déportation.

Retrouvez notre article sur le Pacte migratoire et la loi Règlement retour sur le blog : https://toulouseanticra.org/critiques/

Également les articles de Migreurop : https://migreurop.org/article3596.html?lang_article=fr

Témoignage de A.B. : « Je suis né au Maroc en 71 mais je suis en Italie depuis 96 et j’ai une carte de séjour longue durée depuis 2008. Aujourd’hui je vis dans le Tarn avec ma femme et mes enfants. Je travaille à l’Intermarché de Montauban, je suis préparateur de commande. Le 2 mars, les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français. Ils m’ont amené chez moi et ils ont perquisitionné ma maison, ma femme et mes enfants dormaient, ils ont pris mon passeport marocain et ma carte de séjour italienne puis ils m’ont mis en garde à vue pendant 4H.
Après j’ai reçu une OQTF et une ITF d’un an. Ils m’ont dit que je passerais au tribunal le 18 juin. Mais d’ici là il fallait que j’aille signer à la gendarmerie tous les lundi, mercredi et vendredi. Un jour je suis allé signé et ils ont dit – on a un vol pour toi pour le Maroc, tu acceptes ? J’ai dit – non, j’attends mon jugement le 18. Puis le 22 mars, en allant signer, ils m’ont arrêté et ils m’ont enfermé au CRA. Ils ont recommencé – on a un vol pour toi demain pour le Maroc et moi j’ai dit – non, j’attends de passer devant le juge ! parce que tu passes devant le juge 4 jours après être entré au CRA. Maintenant ils m’ont programmé un vol pour le 12 juin et comme j’ai refusé les précédents, ils ont dit qu’ils allaient me mettre une escorte. Même si on m’envoie au Maroc, je retourne direct en Italie. Je leur ai dit – envoyez moi en Italie, j’ai mes papiers là bas ! mais ils s’en foutent. Tout ce que j’espère c’est qu’il vont me rendre ma carte de séjour italienne. »
A.B a finalement été déporté au Maroc le 12 juin, on ne sait pas si la préfecture lui a rendu sa carte de séjour italienne.

Témoignage de K.A. 
: « Depuis 2017 j’ai mal aux hanches mais on me dit que j’ai rien et je passe pour un fou. En 2019 je suis rentré en prison, en 2023 transféré à Muret jusqu’en 2026, j’ai jamais été soigné, juste ils m’ont donné du tramadol, tous les jours. Là ça fait 25 jours que je suis au CRA et que je demande à voir le médecin mais les flics ils me poussent et ils disent que le médecin il est pas là. Alors moi j’insiste tu vois ? J’insiste et d’un coup le médecin il est là, il apparait ! Je l’ai vu, il m’a pas consulté, pas touché, rien ! Juste il m’a posé des questions. Je lui ai dit que je voulais faire une radio, des examens, que j’avais le droit d’être soigné. Il a répondu – je suis chez moi, je fais ce que je veux. Il m’a donné un anti-inflammatoire ! Mais moi je peux pas marcher, j’ai mal tout le côté gauche ! C’est pas un médecin, c’est la mafia. Des fois j’ai trop mal pour aller manger mais les flics ils s’en foutent, ils disent que je refuse le repas. La Cimade j’ai été les voir, ils font rien, ils sont complices, ce matin ils m’ont répondu – on n’est pas dieu. »

Témoignage de O.C. :
J’ai fait un an de prison, c’était pire qu’ici, enfermé h24 dans une cellule minuscule avec deux autres gars. Ici tu vas tu viens, la cellule elle est grande. Quand je sors, je reste pas en France, je vais en Italie – y’a mon père et mon frère là bas. En Tunisie y’a rien, tu travailles toute la journée tu gagnes 50 dinar, tu sors, tu manges tu bois un coup : 60 dinar. Tu peux rien faire. Ils peuvent m’expulser, je reviens en Italie, je suis jeune, c’est pas la première fois, ils croient quoi ? Comment je suis arrivé ici ? J’ai pris un bateau, Tunisie – Italie. Le gars avec qui j’ai fait la traversée, il est resté, j’aurai du faire pareil, regarde où je suis moi ? on m’avait dit la France c’est bien, c’est mieux. J’ai vu la France et c’est pas bien : regarde où je suis ? »

Témoignage de I.L. : « Je suis arrivé en France à 15 ans, j’ai été pris en charge comme mineur isolé à Lyon, j’ai mon diplôme de CAP, j’ai des fiches de paie, j’ai tout mais ici ils s’en foutent ! A l’audience ils faisaient que répéter menace pour la France, menace pour la France. Moi j’ai tout fait pour être en règle.

A chaque fois que j’allais à la préfecture pour ma demande de titre de séjour j’amenais un CDI, une fiche de paie, à chaque fois ! Mais eux ils me donnaient un récépissé de trois mois puis ils mettaient 6 mois à la renouveler ! Alors l’employeur il voulait pas me garder, ils disaient ton récépissé il est périmé. Et ça pendant 4 ans ! Après je suis venu à Toulouse, j’ai été pris pour stup et maintenant ils me disent que je suis une menace pour la France. Je suis sorti de Seysses après 13 mois pour bonne conduite mais à la sortie ils m’ont amené direct au CRA.

Ça fait 6 jours que je suis en grève de la faim – je préfère être hospitalisé que rester ici. Ils sont pas humains les flics. Je mange pas et ils me disent que je suis un comédien. Quand j’ai eu ma première audience, ils m’ont pas ramené au tribunal l’après midi pour connaitre la décision du juge. Puis le lendemain ils m’ont donné un papier qui disait que je prenais 26 jours supplémentaires. Et là où j’étais censé signé, y’avait écrit – refus de signer, avec la date de la veille. Mais j’ai rien refusé moi, je l’avais même vu le papier – tu vois comment ils font ici ? Comme l’OQTF ! Il me l’ont mise quand j’étais en prison sauf que je l’ai jamais reçue. Pourtant je recevais le courrier des impôts qui me disait que j’avais pas payé ceci cela. Alors pourquoi j’ai pas reçu le refus de titre de séjour doublé de l’OQTF ? Pour pas que je conteste ! Parce que t’as que 48H pour contester. Je suis déprimé.

Y’a des gars ici qui sortent parce qu’ils ont aucun papier, rien, la préfecture les trouve pas. C’est injuste. Moi j’ai tout alors ils me gardent pour m’expulser dans mon pays d’origine, en Côte d’Ivoire. Y’a beaucoup d’Algériens ici et je sais pas c’est quoi les accords entre l’Algérie et la France mais les gars ils font trois mois et il sortent et ils reviennent à nouveau et ils sortent. C’est quoi l’histoire ?
Comme si la France elle avait pas de lien avec la Côte d’Ivoire ! 80% des richesses de la France elles viennent de la Côte d’Ivoire ! Et c’est comme ça qu’on nous traite aujourd’hui ? »

Témoignage de L.R. à propos de la résistance de H.F. à sa déportation en Algérie, prévue 3 jours avant qu’il arrive au terme de ses 90 jours d’enfermement, et alors qu’il avait déjà résisté à plusieurs tentatives de déportation : « Il a pris des médicaments dangereux. Après, il était dans la chambre, il est resté comme ça… Il était malade beaucoup parce qu’il a pris un médicament dangereux, comme ça il part à l’hôpital, et il peut pas partir en Algérie direct. Après, la police est venue chez lui le matin, et l’a ramené direct. Facile, comme ça ! Il n’est pas revenu, il est plus là. »

Les prisonniers du centre de rétention de Toulouse transmette leur vidéo et appellent à la solidarité

Ils ont réussi à envoyer cette vidéo bien que les téléphones avec caméra soient interdits.
Ils demandent que leurs revendications et leurs résistances soient diffusées et partagées.
Soutenons-les ! Soutenons leur résistance qui crée des solidarités face à l’isolement et la déshumanisation des CRA qui est quotidienne dans ces prisons où les personnes sont humiliées, maltraitées et subissent les violences policières.

En France, on dénonce la violence de l’ICE, la milice de Trump, et ses camps pour étrangers. Mais ici aussi, on traque les personnes étrangères : la police interpelle 192 000 étrangers par an avec des contrôles au faciès. Et entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’État français dans les 27 CRA du territoire où règnent l’arbitraire policier et des conditions de détention indignes.

Force et soutien à toutes les personnes enfermées au CRA de Toulouse et ailleurs !
Ni CRA, ni prison, ni expulsions
A bas le racisme d’État et l’impérialisme 🔥

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

Télécharger la brochure

Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.org/wp-content/uploads/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."

Témoignages de personnes enfermées au CRA de Toulouse et derniers chiffres du ministère de l’intérieur

Comment l’État crée des personnes « sans-papiers » et organise leur enfermement et leur déportation

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention administratif (CRA) de Toulouse Cornebarrieu rencontrées ces derniers temps. Elles rapportent les maltraitances physiques, médicales et psychologiques qu'elles subissent quotidiennement. Cette violence est systémique, volontaire et organisée - on la retrouve dans tous les CRA. Elle constitue la raison d'être de ces centres - outils au cœur de la stratégie répressive déployée par l'État français contre les personnes étrangères.

Le ministère de l’intérieur est fier de transmettre ses derniers chiffres : ceux d’une machine d’État qui transforme des personnes en « sans-papiers », en travailleurs-euses surexploité.es et en prisonnier.es à expulser.

Depuis la circulaire Retailleau de janvier 2025 qui renforce la loi Asile et Immigration de 2024 dite Darmanin, la régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle ». Les effets sont massifs : 

• 42 % de régularisations en moins sur les 9 premiers mois de l'année 2025, par rapport à la même période en 2024

• 54 % de baisse pour les régularisations au titre du travail

• 58 % de baisse pour les régularisation au titre de la vie privée et familiale

L’admission exceptionnelle au séjour (AES) est désormais presque inaccessible : elle est conditionnée à 7 ans de présence, une maîtrise certifiée du français, l’absence de menace à l’ordre public (attribuée arbitrairement par les préfectures) et l’absence d’OQTF préalable.

Même les titulaires d’une carte de séjour de 10 ans peuvent se retrouver sans papiers face à la difficulté du renouvellement. Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit désormais être assorti automatiquement d’une OQTF, valable trois ans depuis la loi de 2024. Ainsi, certaines personnes se retrouvent forcées de rester dans la clandestinité pour éviter le risque de recevoir une OQTF en se rendant à la préfecture.

Témoignage de M. A : M. A est au CRA depuis 55 jours. Il a pris 10 mois de prison pour une ITF (Interdiction de Territoire Français) et à la sortie de prison, il a été emmené au CRA directement.

« Dans le secteur E : il y a 2-3 personnes par chambre, 21 personnes en tout, certains dorment par terre. E est le meilleur secteur, A et B sont les pires. Il y a une 1 playstation mais les flics ont la télécommande. Il y a deux équipes de flics à l’intérieur. Une dont les flics sont ‘humains’, l’autre en roue libre : provoquent les détenus, frappent quand ils demandent du pain, n’allument jamais leurs caméras, peuvent frapper à 5 une personne avec une matraque, envoient tous les jours des gens au mitard, 5 jours minimum – tu restes pendant tout le temps avec les habits que t’as, tu prends pas de douche, il y a un ventilateur qui donne froid.
Ils n’aiment pas quand les détenus parlent français parce qu’ils comprennent tout. Un flic qui comprend l’arabe a traduit à son collègue ce que disait en arabe un détenu qui disait des insultes à cause de la bouffe.
Je fumais une cigarette, le flic m’a dit ‘tu ne fumes pas devant moi’, je répond que j’ai le droit, son collègue vient en sortant son taser. Hier, ils ont coupé l’eau de 20h à 7h du matin. A l’interphone, un gars demandait juste des bouteilles d’eau car il avait soif, les flics l’ont sorti et l’ont poussé au torse en lui disant d’arrêter de les harceler. Dehors, la cour c’est dégueulasse, ils ne font pas le ménage, il y a plein de trucs au sol, et encore, c’est la plus propre des cours des secteurs. 
La bagagerie, c’est quand ils veulent. C’est ouvert que sur les heures de promenade (13h30-14h15). Et des fois ils ouvrent pas en disant : ‘non on est en train de manger’. Et après ils ouvrent à 14h14 en disant : ‘c’est fini, c’est fermé’. Ici ça rigole pas par rapport à la prison. Là-bas tu peux rigoler avec eux. J’ai la haine contre eux à cause d’ici. [A la CIMADE] il y a un monsieur gentil et trois dames pas sympas du tout. Quand j’y vais je n’attend rien d’eux, je demande le nom de l’avocat et c’est tout. Ils sont pas avec nous ».

Témoignage de R.O. : R.O. explique qu’il a été mis au mitard pour des « insultes » – les flics exigeaient des excuses. Il a passé « une nuit de misère dans le froid, sans couverture, sans pantalon », il n’a pas dormi. C’est le docteur qui l’a fait sortir.

« Certains prennent des médicaments pour dormir pour être des légumes et laisser tout passer. J’étais bien en prison, je te mens pas quasiment tout le monde vient de prison, si j’avais su que c’était comme ça je serais resté en prison, mais là on attend que les 3 mois passent. [Les flics], j’ai compris qu’il fallait pas parler avec eux. Y’a un groupe c’est des humains, mais le groupe d’aujourd’hui, non. Il y a de la solidarité, obligé sinon on va crever. Devant le juge, j’avais même pas été calculé, t’as l’impression que personne te calcule, on te dit ‘pourquoi tu veux sortir?’, ‘mais à ton avis !??’. On mange mal, on est maltraité, tu veux du pain en plus il y en a pas, le soir on crève de faim, il y a que des sucreries c’est super cher. J’ai hâte de voir la liberté, ça fait 10 ans que je suis enfermé.
C’est pire que la prison, 6 mois de prison ou 3 mois ici je prend la prison parce que en prison tu fais à manger toi même etc. Yen a un il se plaint, il a mal dans son genou, ils lui donnent pas de médicaments. »

Témoignage de L.R : « Je suis rentré en France à l’âge de 14. Je suis passé par l’ASE, j’ai été arrêté pour conduite sans permis, refus d’optempérer, j’ai eu 18 mois de prison mais j’ai fait 14 mois pour bonne conduite. A la sortie de la prison, ils m’ont ramené ici au centre. Ils viennent de me me prolonger.  J’ai même pas de passeport ici. Ils m’ont mis 5 ans d’ITF (Interdiction de Territoire Français) alors que j’ai pas de passeport pour partir, je comprends rien. »

Témoignage de S.B. : « J’ai bientôt 28 ans, je suis algérien. Je suis depuis un mois et demi au CRA. Je suis depuis 7 ans en France, diplômé, je travaille avec des fiches de paie, pas de black. Je travaillais à Paris. Je suis descendu pour travailler à Toulouse, on m’a contrôlé et j’ai fait une semaine ici puis ils m’ont relâché mais pour me recontrôler une semaine après et me renvoyer ici, et maintenant ça fait un mois et demi que je suis là. Je peux pas manger tout parce que j’ai un dentier, je leur ai dit de me donner surtout du riz ou des pâtes mais ça a rien changé. »

MOBILISATION POUR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANT-ES


📢🔥 JEUDI 18 DÉCEMBRE – TOULOUSE
À l’appel de la Marche des Solidarités, des collectifs, associations, partis politiques et syndicats appellent à la mobilisation, à la grève et à une marche antiraciste
Contre le racisme d’État et l’impérialisme, solidarité avec toustes les immigré.es

NI CRA NI PRISON NI EXPULSION

14h – Projection & discussion « Les petites mains invisibles »
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

16h – AG antiraciste
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

18h30 – MANIFESTATION 📢
📍RDV Conseil départemental de la Haute-Garonne – 1 bd de la Marquette