La triple peine : prison, CRA puis assignation à résidence.

Témoignage d’un prisionnier du CRA de Toulouse placé en assignation à résidence à sa sortie du CRA – Juillet 2026

« J’ai passé deux périodes au CRA, en 2023 et en 2025. La première fois, c’était au CRA de Perpignan. Je suis resté trois mois là-bas. Trois mois de galère. Ils viennent, ils te rajoutent un mois après un mois, après 15 jours, après 15 jours, et voilà.

C’était pareil à Perpignan mais le CRA de Toulouse, il est un peu plus dur. Le CRA de Perpignan, il y a une promenade collective et tout, tu peux faire des activités et tout à Toulouse, tu peux rien faire. À Toulouse, c’est l’enfer, c’est pire que la prison. L’autre tu peux regarder le ciel. Moi je pense que le CRA de Toulouse franchement c’est quelque chose. Et pour que tu passes trois mois là-bas, il faut que tu sois fort mentalement. 

Le CRA, il est sale. Même tu nettoies, c’est toujours sale. La nourriture, laisse tomber. Franchement, je suis désolé, même si tu ramènes un chien, il ne peut pas manger ça. Il y a des jours, ça m’est arrivé là-bas, j’ai mangé que le pain, de toute la journée. Après, à certains moments ils bloquent les visites, tu peux pas rentrer à manger. Même si tu rentres à manger, tu manges que des trucs sucrés, tu rentres pas ce que tu veux.

Ils changent les règles comme ils veulent. Il n’y a pas un règlement qui vient par exemple de la ministère ou quelque chose comme ça. C’est eux qui font le règlement là-bas. Des fois, quand il y a trop de gens, ils bloquent les visites et tout, il y a des gens qui fument et des fois, ça pète entre eux, il y a des embrouilles à cause de cigarettes. 

Tu demandes de voir le médecin, tu le vois une fois par semaine, des fois, il est pas là, t’es mal et tout. Tu galères pendant une semaine ou pendant trois jours. La dernière fois quand j’étais au CRA, moi, j’avais mal aux dents. Ah franchement, pour me faire sortir et voir le dentiste, c’est une galère. J’ai attendu 20 jours. Des fois, ils te donnent des cachets. Des fois, la dent elle est infectée ou il y a une carrie, tu prends des médicaments, ça sert à rien. Du Doliprane, ça sert à rien. Tu galères.

Là-bas, t’es pas en sécurité. Des fois, il y a des flics, ils te provoquent. Ils vont jusqu’au bout avec toi, jusqu’à ce que toi, tu pètes les plombs. Après, ils te ramènent en prison. Parce que toi, t’es provoqué au max. Ils te touchent, ils te provoquent, ils te font des trucs, ils te manquent de respect et ils te rabaissent, ils te disent des trucs racistes. Ils disent des choses méchantes. C’est pas tous, mais la plupart. Des fois, tu demandes la moindre chose, par exemple d’accéder à ton bagage ou pour avoir le médecin ou l’infirmerie, et ils commencent à se foutre de ta gueule, “j’ai un travail”. Mais c’est quoi ton travail ? C’est avec nous, c’est ton travail, de faire ça. Ils te disent “attends, attends, attends, attends”, le temps qu’on attend… Et des fois, ils te calculent pas, et des fois, tu pètes les plombs, et tu dis n’importe quoi, et lui, il va te dire des trucs racistes. Des fois, tu lui plait pas, ils te regardent : « Toi, t’auras pas de visite, tu vas pas aux bagages, ni rien du tout. » Toi, au bout d’un moment, tu vas péter  les plombs. Quand tu pètes les plombs. Quand tu t’énerves, tu dis n’importe quoi. Lui, il attend ça. Soit, il va t’insulter avec des trucs racistes, il te manque de respect, il te rabaisse devant les gens, devant ses collègues. Sinon, si tu réagis, ils vont venir à 10, ils te prennent, ils te ramènent à l’isolement, ils vont te frapper carrément. Dès qu’ils voient qu’il t’a trop frappé, ils voient qu’ils risquent des choses, ils te rajoutent la deuxième affaire. Tu te trouves dans une autre galère, en prison.

La bagagerie du CRA de Toulouse, où sont confisquées les affaires personnelles des prisonniers.

Au CRA de Toulouse, je suis resté aussi 3 mois, le maximum. Ils savaient bien. Quand tu passes devant le juge, ils savaient bien que entre l’Algérie et la France, c’était bloqué. C’était vraiment bloqué. Il y avait un problème diplomatique.

Après les trois mois, ils m’ont mis assignation à résidence. Je suis resté un an et demi à pointer deux fois par semaine. Un an et demi. La dernière fois, ils m’ont sorti quoi ? “Il faut que tu vois le consul au CRA”. Il faut que, moi, j’aille là-bas avec mes propres pieds pour voir le consul, et peut-être que je me trouve enfermé là-bas ?!? Je rentre là-bas, peut-être qu’il me dit : « Vas-y, toi, tu vas rester là. »

Je me suis retrouvé en prison parce que je suis en interdiction. En prison, je me suis retrouvé au CRA. En gros, je suis resté six mois enfermé. Pourquoi ? Pour rien. Je me suis fait frapper par la police, avant que je rentre en prison. Parce que j’ai couru, parce que c’est normal. Ils m’ont vraiment frappé, ils ont sorti des matraques et tout. J’ai vomi et tout. J’ai pas réagi, j’ai pas dit non, j’ai pas insulté, j’ai rien dit. Vraiment, j’ai rien dit. Juste je suis parti en courant. J’ai couru. Eux, ils étaient derrière moi, ils m’ont rattrapé, ils m’ont frappé. Après, ils ont fait quoi ? Ils ont dit que moi je les ai frappés. Ils avaient pas ni certificat, ils avaient pas ni blessure, ni rien du tout. Moi, j’étais blessé, tout le corps, sur la tête. Ils m’ont mis un coup sur la tête, et j’ai même la cicatrice. Donc je suis passé devant le juge et tout. Et quand je voulais lui expliquer, qu’ils m’ont frappé et tout, la juge, elle m’a dit comme ça. « Ouais, on le sait. Toi, t’as frappé personne, mais par contre, t’as pas respecté l’interdiction ».

Eux, ils m’ont frappé, ils m’ont rattrapé, ils m’ont mis en garde à vue. Le médecin en garde à vue, quand il est venu me voir, les policiers lui ont parlé. Je lui ait dit « j’ai mal à la tête, je veux un Doliprane et tout”. Il m’a dit “Ouais ouais, d’accord”. J’ai fait 48 heures de garde à vue. C’est inimaginable. J’ai dit “ils m’ont coupé là, j’ai une coupure là, sur la tête, est-ce que tu peux les désinfecter ou point suture, quelque chose ?”. Il m’a dit “non non, t’inquiètes, t’es bien, t’es bien”. Je voulais lui montrer les blessures et tout il m’a dit “non, non, t’es bien”. Ils m’ont rien ramené pendant 48 heures de garde à vue, et le médecin, je l’ai vu le lendemain. Tu t’imagines ? Ils m’ont rattrapé, c’était à 19h30. J’arrivais en garde à vue, c’était 20h30. Depuis 20h30, j’ai demandé au médecin et je l’ai vu le lendemain.

Après, quand ils m’ont ramené en prison, là, ils m’ont mis des points suture. Les infirmiers, ils m’ont mis des points suture, ils m’ont mis un certificat, comme quoi j’arrivais en prison, et j’étais comme ça. Je me suis trouvé en prison à cause de ça. Juste un contrôle. Quand ils font leur travail administratif, pendant que t’es en prison, ils font quoi ? Tu finis ta peine en prison, et ensuite on te ramènes au CRA.

Quand j’étais en AAR, moi, le truc qui m’a choqué, j’ai fait une opération il n’y a pas longtemps, c’était en novembre dernier. J’ai appelé la gendarmerie, j’ai dit, je suis immobilisé, je n’arrive pas à bouger, j’ai fait une opération, je vous envoie tout, les papiers, les certificats et tout. Je peux pas bouger pendant un mois, un mois et demi. Franchement, ils étaient pas d’accord. Je peux pas, je suis en béquille. La majorité du temps,  je dors pas à cause des douleurs. J’ai pas de papiers, je galère. J’avais pas ni aide médicale, ni rien du tout, j’ai galéré pour avoir les médicaments, j’ai galéré pour avoir mes rendez-vous, j’ai galéré par rapport à tout. Comment je viens ? Des fois, pour un rendez-vous, j’appelle mes collègues pour qu’ils me ramènent, des fois j’appelle Uber, il faut que je le paie, je le paie comment ? Je ne vais pas venir deux fois par semaine pour juste signer parce que soi-disant, je n’ai pas de papiers. Et moi, je suis immobilisé et je paie. Déjà, je galère pour mes rendez-vous médicaux. Et même, j’ai raté le kiné deux fois à cause d’eux. De 14h à 16h, il faut que tu pointes. Je suis arrivé là-bas à 14h30. Pour pointer, tu ramènes juste un papier, tu mets ton nom, ton prénom, et tu pointes. Il me dit « non, on a du travail, reste, attends. » J’attends une demi-heure ou 45 minutes. J’avais un rendez-vous à 15h. Donc j’ai raté le rendez-vous à cause d’eux. Deux fois. Là, à cause d’eux, je vais changer de kiné, je ne sais pas comment je vais faire.

Ils m’ont fait rester trois mois au CRA pour rien. Après, il vient, il te dit « Ouais, il faut que tu pointes pour rien”. Et là, quand tu pointes, tu respectes tout, on te sors un truc pour que tu sois dans le stress. Ils te mettent dans le stress. Ils m’ont dit « Ouais, tu viens au consul”. Je suis dans le stress maintenant. Ça fait deux ans. Dès que je suis contrôlé, je suis dans la merde. Même quand tu fais rien, et que tu respectes tout.

L’immigration ça peut pas s’arrêter, tu vas en Amérique, en Nouvelle Zélande, partout, c’est comme ça, on est tous des étrangers. On est tous des immigrés. Des arrière-grands-parents, n’importe qui va voir ses arrière-grands-parents ils ont migré. C’est comme ça, il y a les guerres qui poussent l’immigration, il y a plein de choses, il y a le commerce. Tu peux pas arrêter l’immigration. Ils savent bien qu’ils peuvent pas. Ils savent bien. Je comprends pas« .